Commandement n°8 : « Tes pensées, tu allègeras »

À combien de choses pensez-vous maintenant ? Entre ma to do list du bureau qui n’a jamais de fin, mes soucis financiers (parce que l’argent, c’est comme le soleil, il n’y en a jamais assez), les mauvaises nouvelles qui s’enchaînent (ma planète est malade, c’est grave Docteur ?), mon cerveau explose. Je croule sous mes pensées. Il faut alléger tout ça, Mr Anzenberger. Vous êtes vivant, c’est ça votre problème !

Pascal le disait déjà :

« L’homme est visiblement fait pour penser ; c’est toute sa dignité et tout son métier [mérite] ; et tout son devoir est de penser comme il faut. Or, l’ordre de la pensée est de commencer par soi, et par son auteur et sa fin. Or, à quoi pense le monde ? Jamais à cela ; mais à danser, à jouer de luth, à chanter, à faire des vers, à courir la bague, etc., à se , àttre, à se faire roi, sans penser à ce que c’est qu’être roi et qu’être homme. »[1]

« Tout son devoir est de penser comme il faut. » À quoi pensez-vous ? Là, maintenant ? Pensez-vous « comme il faut » ?

Une pensée, ça vient et ça repart. Elle dure entre trente secondes et une minute.[2] Une journée moyenne pour un adulte, c’est 960 minutes. Sauf pour ceux qui doivent s’enfiler 4 cafés avant d’émerger et d’avoir au moins une pensée cohérente. Ce qui veut dire que même pour un Gaston Lagaffe, ça donne potentiellement 1000 pensées par jour à trier.[3]

Quelqu’un me disait l’autre jour qu’une pensée, c’était comme une boite de conserve que tu ouvrais. Le problème, c’est qu’on ouvre plus de boites qu’on en ferme !

Le pire dans tout ça, c’est qu’on se le fait à nous-même, comme des grands. Genre, j’arrive au boulot, j’ai des boites de conserves post-it ouvertes de partout sur le bureau, et là, au lieu de les fermer avec diligence (intelligence analytique), je consulte ma boite courriel, pour lire des messages (intelligence pratique) que je n’aurai de toute façon pas le temps de traiter… Et hop, je viens de décapsuler vingt boites de plus.

À quoi pense le monde ? À s’enterrer vivant dans son inbox ! À Roland Garros, on appelle ça une double faute avec la balle bien au fond du filet.

« Tout son devoir est de penser comme il faut » nous dit Pascal. Il faut donc prendre le taureau par les cornes et placer un joli ippon.

Voilà quelques prises de judo que j’ai développées et qui m’ont bien aidé jusque-là :

1. Ne lisez pas vos courriels si vous ne pouvez pas les traiter dans la foulée. C’est tout bête, mais c’est drôlement efficace.

2. Quand vous pensez à quelque chose, au lieu de vous efforcer à le garder à l’esprit, y compris au milieu de la nuit, notez-le quelque part. Pour ma part, je décide de m’envoyer un mail.

3. Sacralisez vos plages de travail en fonction de vos intelligences (voir Commandement n°4). L’intelligence pratique, en particulier, vous permet de fermer un nombre considérable de boites en un temps record. Pour les boites les plus grosses, préférez les plages créatives ou analytiques.

4. Anticipez, anticipez, anticipez. Une façon intelligente de prioriser vos pensées (voir Commandement n°3), c’est de contrôler les boites que vous ouvrez, et surtout celles que vous ne voulez pas encore ouvrir. Tant qu’elles ne sont pas ouvertes, elles ne viennent pas polluer vos pensées. Un exemple : organisez votre réunion d’équipe en fin de semaine (le vendredi après-midi) plutôt que le lundi matin. Choisissez quelles sont les boites que vous devez fermer, celles qu’il vous faut ouvrir, et celles qui doivent rester gentiment sur l’étagère de votre réserve. Vous gagnerez en sérénité quand vous arriverez au boulot le lundi matin. Promis !

5. Il y a des boites ouvertes qui prennent toute la place sur le comptoir. Elles vous occupent tellement l’esprit qu’elles paralysent votre productivité. Vous devez placer votre ippon avant de vous faire mettre en boite. Dans une session de coaching avec un de mes protégés, il paraissait évident que le poids de sa dette financière était LA conserve qui menaçait de l’avaler tout cru. « Il te faut un plan d’action mon ami. C’est urgent. Place ton ippon. Pense comme il faut. »

« L’ordre de la pensée est de commencer par soi, nous dit Pascal, et par son auteur et sa fin. » Qui est l’auteur de nos pensées ? Quelle est la finalité de nos pensées ? Pascal nous met sur le chemin. C’était un lundi, le 23 novembre 1654 plus précisément, entre dix heures et demie du soir et minuit et demi :

« Feu.
“Dieu d’Abraham, Dieu d’Isaac, Dieu de Jacob”
non des philosophes et des savants.
Certitude, certitude, sentiment, joie, paix.
Dieu de Jésus-Christ.

Deum meum et Deum vestrum.
“Ton Dieu sera mon Dieu.”
Oubli du monde et de tout, hormis Dieu.
Il ne se trouve que par les voies enseignées dans l’Evangile.
Grandeur de l’âme humaine.

“Père juste le monde ne t’a point connu, mais je t’ai connu.”
Joie, joie, joie, pleurs de joie.
Je m’en suis séparé.

Dereliquerunt me fontem aquae vivae.
Mon Dieu, me quitterez-vous ?
Que je n’en sois pas séparé éternellement.
“Cette [vie] est la vie éternelle, qu’ils te connaissent seul vrai Dieu et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ”

Jésus-Christ. Jésus-Christ.
Je m’en suis séparé ; je l’ai fui, renoncé, crucifié.
Que je n’en sois jamais séparé. Il ne se conserve que par les voies enseignées dans l’Évangile.
Renonciation totale et douce,
Soumission totale à Jésus-Christ et à mon directeur.
Éternellement en joie pour un jour d’exercice sur la terre.
Non obliviscar sermones tuos.

Amen.[4]

Le connaissez-vous cher lecteur, l’auteur de vos pensées ? En ce qui me concerne, il m’a mis ippon. Non parce qu’il voulait me vaincre, mais parce qu’il voulait m’aider à me vaincre. Parce que la première boite de conserve dans l’histoire, c’est moi !

[1]Les Pensées, Blaise Pascal, p.146.
[2] New tool offers snapshots of neuron activity, Anne Trafton, 2017, http://news.mit.edu/2017/new-tool-offers-snapshots-neuron-activity-0626
[3] Si vous optez pour 60 000 pensées par jour, parce que Google vous l’a dit, c’est par ici le reality check : https://neurocritic.blogspot.com/2017/06/what-is-thought.html
[4] Les Pensées, Blaise Pascal, Le Mémorial.

Rédacteur

Raphaël Anzenberger

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