Commandement n°3 : « Urgent vs important, tu prioritiseras »

« Je n’en pouvais plus de vivre tout le temps dans l’urgence. Le téléphone qui sonne le dimanche matin pour te demander un rapport le lundi matin, non merci. Je ne veux plus revivre cet enfer. » me confiait récemment un directeur commercial dans l’industrie du luxe.

On le sait, quand on est cadre supérieur, on ne compte pas ses heures. Parce que quand on aime, on ne compte pas, même ses dimanches matin. Et comme dimanche devient lundi, et que le matin devient le soir, les horizons temporels s’effacent. Les yeux rivés sur BFM TV, les managers d’aujourd’hui produisent du management continu, à la vitesse de l’information continue. Vertige absolu : tout devient urgent, bien marqué en bandeau rouge sur ton front.

Seulement voilà, si tout est urgent, alors rien est urgent. Il nous faut racheter le temps !

Un concept bien utile à cela, c’est le « principe d’Eisenhower », du nom du 34e président des États-Unis. Vous connaissez par cœur son CV : chef d’État-Major général des Forces armées des États-Unis de 1945 à 1948, commandant suprême des forces alliées en Europe de 1951 à 1952, et pour finir, président des États-Unis pour deux mandats, de 1953 à 1961.[1] On dira de lui qu’il était the king de la productivity. Son secret ? Un concept tiré d’une maxime :

« J’ai deux types de problèmes : l’urgent et l’important. L’urgent est rarement important, et l’important est rarement urgent ! »

La petite histoire retiendra qu’Eisenhower piqua cette maxime à J. Roscoe Miller, président de l’université Northwestern, qui la dégaina le premier lors de la deuxième assemblée générale du Conseil Œcuménique des Églises. [2] Il faut bien rendre à Dieu ce qui est à Dieu.

L’urgent, c’est ce qui requiert notre attention immédiate. Genre : « Papa tu peux m’aider ? Je dois rendre ma dissert’ de philo hier et j’ai encore rien fait. » Le stress monte, la nuque se raidit, les gros mots s’accumulent dans le ciboulot, bref vous êtes bien. Très bien.

L’important, c’est ce qui est à venir et qu’il vous faut planifier avec soin. Genre : « Chérie, la date pour déclarer les impôts, c’est quand déjà ? » On sent qu’on à le temps, mais quand même pas beaucoup.

Le génie d’Eisenhower, c’est d’avoir mis tout ça dans une boite :

  1. Urgent et important : à faire tout de suite
  2. Important mais non urgent : à programmer
  3. Urgent mais non important : à déléguer
  4. Ni urgent, ni important : à éliminer

En couleur, ça donne ça. C’est élégant, c’est brillant, c’est puissant : [3]

Mais dans la réalité, voilà ce que j’observe :

  • Prémisse majeure : l’urgence prend généralement toujours le pas sur l’important.

  • Prémisse mineure : l’urgence est rythmée par les nouvelles technologies (réseaux sociaux, courriels).

  • Conclusion : L’urgence est dictée (technologie push) par des personnes tierces.

Autrement dit, nous avons perdu la maîtrise de notre temps, au profit des demandes (raisonnées ou non) des autres sur notre temps.

« Ma chérie, je t’ai dit que je t’aiderai avec ton devoir de philo après que j’ai fini de rédiger cet article. C’est important tu sais. Soupir. Comment ça je ne t’aime plus ?!? C’était quoi déjà ton sujet ? »

[1] C’est très important de mettre des dates dans un article. C’est le petit plus qui fait qu’entre deux petits-fours, dans une soirée guindée, au détour d’une conversation sur la stature de chef d’état d’Eisenhower, vous sortiez (subjonctif présent) du lot. En tous cas, c’est ce qu’on nous disait en prépa. Je n’ai jamais vraiment pu vérifier sur le terrain. Je devais être en réunion Zoom ce soir-là.
[2] Julie Kantor, The Eisenhower Decision Matrix: Important vs Urgent, https://www.business2community.com/leadership/eisenhower-decision-matrix-important-vs-urgent-01372854
[3] Source: https://questionsdemploi.typepad.fr/.a/6a00e55075cfc88833022ad3bc1c6c200b-pi

Rédacteur

Raphaël Anzenberger

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