Commandement n°9 : « Les 4 batteries, tu surveilleras »

Trois mois, trois mois qui séparent l’écriture du commandement 8 et 9. Impossible de m’y mettre. Cela ne venait pas. Plus de jus. Les batteries étaient à plats. Il était urgent de les recharger.

De combien de batteries parlons-nous ? Quatre au moins : physique, cognitive, émotionnelle et spirituelle. Ce n’est pas moi qui le dit, c’est le Général d’Armée Pierre de Villiers.

La batterie physique

« Tout dirigeant doit écouter son corps, le connaître et le respecter. Combien de difficultés seraient évitées si certains prenaient le temps de faire du sport régulièrement et d’avoir une hygiène de vie à la hauteur des responsabilités qu’ils exercent ? . . . Je trouve que cette dimension physique n’est pas suffisamment prise en compte dans les systèmes français de formation et trop souvent laissée à l’initiative des étudiants. Ce n’est pas le cas chez nos amis anglo-saxons. Toute responsabilité comporte une forme de sacerdoce. N’est pas Churchill qui veut avec son “no sport” ![1] » 

J’ai tout d’un coup un sérieux flashback…

« Changement de style. Le nouveau président de la République Nicolas Sarkozy a entraîné jeudi son Premier ministre fraîchement nommé, François Fillon, dans un jogging dans Paris. Nommé à 09h50, installé à Matignon à 11h30, François Fillon, est arrivé au Palais de l’Elysée peu avant 12h50 en short et chaussures de sport.[2] »

Pour un changement de style, c’est un changement de style. Et puis on a rechangé de style tout de suite après, parce qu’on ne voyait pas trop Hollande en pantalon stretch. Un président normal en France ne fait pas de jogging. C’est tout. On est sportif, mais des tribunes. C’est tout aussi bien, et en plus, on peut râler.

C’est vrai qu’en France, nous ne prenons pas en compte cette dimension physique. Les heures de sport au collège et lycée, coincées entre les maths et le Français, ne rivalisent pas avec les plages horaires des campus d’Oxford, Cambridge ou Harvard. En France, nous préférons disserter en sueur, bercés par les effluves d’adolescents qui ne savent toujours pas ce qu’est un déodorant, plutôt que de courir après la baballe. Short et chaussures de sport à l’Elysée… faut quand même par rigoler.

C’est peut-être pour cela que nous sommes prompt au burnout. Avec seulement 13 % des salariés qui pratiquent du sport,[3] nous avons là une grille de lecture intéressante. Merci Général de Villiers !

La batterie cognitive

En philosophie, une des définitions de l’intelligence est la faculté d’adaptation. Cette dimension est l’objet de toutes les attentions dans nos systèmes de formation.  Quand on voit la masse des données assimilées par les étudiants préparant les écoles de commerce ou les concours de l’ENA et de Polytechnique, je ne suis pas inquiet sur leur capacité à se mouvoir et à évoluer dans différents contextes. Nos élites ne manquent pas d’intelligence.[4]

La France prend sa revanche. Nous n’avons peut-être pas des muscles dans le corps, mais nous en avons plein dans le cerveau. Le bac Français a la côte à l’étranger, la batterie cognitive bat son plein. La France, patrie des intellectuels, aime France Culture.

C’est important de prendre soin de son cerveau, que nous soyons l’élite ou pas. Mon épouse enseigne l’anglais à une sénior de 70 ans. Génial ! Pour ma part, j’ai toujours aimé étudier et je viens de finir un deuxième doctorat à l’âge de 48 ans. Je ne le fais pas pour les diplômes, mais pour la stimulation intellectuelle.

J’ai besoin de renouveler mon intelligence, de m’informer, me remettre en question, revisiter mes paradigmes. Je lis deux ou trois ouvrages en même temps. Posés sur ma table de nuit, j’alterne entre philosophie, théologie, leadership et … voile. Parce que Monsieur a décidé de reprendre la régate. Pour « évaluer sa capacité à se mouvoir et à évoluer dans différents contextes » dit-il… Parole de Général.

La batterie émotionnelle

« Quand on veut convaincre, entraîner, motiver, il faut donner du sens à l’action. Pour cela, l’intelligence ne suffit pas. Il faut faire adhérer, avec la part d’irrationnel que comporte tout être humain. Il faut donc mettre de la flamme et de la passion, pour que les équipes aient envie de se mettre en mouvement. . . Tout ne peut être le fruit d’un raisonnement intellectuel, logique et quasi mécanique. . . Il faut mettre de l’affect, de la sensibilité, du cœur.[5] »

L’affect, la sensibilité, le cœur, la flamme, la passion, autant de synonymes pour indiquer le rôle fondamental, et trop souvent oublié de nos émotions. Non pas que le Français n’ait pas d’émotions. Nous sommes après tout un pays Latin. Le Français parle avec ses émotions, mais ne sait pas parler de ses émotions. Voilà le problème.

Aux États-Unis, pays de la thérapie, on parle volontiers de ses émotions, sans émotion. Je me souviens mon N+1, agacé par une réorientation budgétaire qui lui coupait ses crédits, me dire avec un calme renversant : « I am upset (je suis énervé) ». « Mais non tu n’es pas upset, sinon tu crierais, tu hurlerais, tu jurerais, bref, tu serais vraiment énervé ! » lui répondis-je. « Tu as raison Raphaël, je me reprends : « I am very upset ». Les bras m’en tombent.

À force de ne pas parler de nos émotions, nous prenons le risque de les oublier. Et hop, la batterie émotionnelle se décharge… Les nommer, en parler, c’est renouer avec son cœur. « Prends soin de ton cœur ! » dit le Général. Oui chef !

La batterie spirituelle

« La quatrième dimension est l’assouvissement du besoin transcendantal inhérent à tout Homme pour être en paix totale, quelles que soient ses convictions en la matière. Le regain des méthodes douces de méditation et le besoin de silence de nos concitoyens sont révélateurs sur ce plan. Je note d’ailleurs que de plus en plus d’entreprises fournissent des lieux de calme, de silence, pour que les membres du personnel puissent, en particulier au moment de la pause  déjeuner, se détendre et méditer chacun en fonction de ses aspirations.[6] »

Il ajoute :

« Toute personne aspire à élever son esprit, à nourrir son âme et à puiser à la source pour donner du sens à voir loin. Nous sommes faits pour des étendues plus vastes que les surfaces emmurées de nos horizons terrestres.[7] »

Alors là, mes respects mon Général. Oser parler de transcendance quand on vient de l’armée, il faut le faire. Le général De Villiers a raison : « l’insuffisance de dimension transcendantale de nos sociétés occidentales, largement inhibées par un matérialisme outrancier[8] » est un vrai problème sociétal qui dépasse le simple cadre des religions. À imagoDei, nous croyons que nous sommes tous nés avec une part de spirituel. C’est pour cela que nous nous efforçons de décrypter l’information, pour éveiller en nos lecteurs et auditeurs un désir profond de cultiver un sain esprit. En particulier lorsque nous avons l’étrange sentiment que nos horizons terrestres se limitent aux surfaces emmurées de nos bureaux.

Quatre batteries au tableau bord de notre humanité : physique, cognitive, émotionnelle et spirituelle. Rien ne garantit qu’elles restent à plein, au contraire. Nos batteries se vident naturellement, mais ne se rechargent pas naturellement. Il faut de l’intention, de l’attention.

Lorsque les batteries sont à plats, il faut les recharger. Cela ne sert à rien de s’énerver, ce serait comme mettre des coups de pédales d’accélérateur à une voiture sans moteur. Il faut les recharger, et cela prend du temps. Pour moi, cela m’a pris trois mois. Trois mois, c’est long. C’est le temps qu’il faut pour se remettre d’une saison extrêmement chargée et ponctuée de perte, de deuil et de douleur.

La Bible nous encourage :

« Aime Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force, de toute ta pensée ; et ton prochain comme toi-même »[9]

Nous  retrouvons bien nos quatre batteries. Comment vont vos batteries cher lecteur ? Est-il temps pour vous de les recharger ?

[1] Général d’armée Pierre de Villiers, Qu’est-ce qu’un chef ? Fayard, 2018, 57-8.
[2] Le Jogging Parisien de Sarkozy et Fillon, Libération, 17 Mai 2007, https://www.liberation.fr/france/2007/05/17/le-jogging-parisien-de-sarkozy-et-fillon_9539.
[3] Source : https://www.bpifrance.fr/A-la-une/Actualites/Sport-80-des-salaries-souhaitent-pratiquer-une-activite-physique-en-entreprise-48603
[4] De Villiers, 58.
[5] Ibid., 59.
[6] Ibid., 59.
[7] Ibid., 60.
[8] Ibid., 60.
[9] Évangile de Marc chapitre 12, verset 30-31

Rédacteur

Raphaël Anzenberger

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