Réincarnation et vies antérieures : les preuves ?

Paris-Match en parle. Psychologies aussi. Tout comme Marie-Claire.

Des enfants « se souviennent » des circonstances de leur mort, enfin, de leur mort alors qu’ils étaient quelqu’un d’autre et qu’ils vivaient dans un autre corps. Dans une autre vie.

Si quelqu’un se souvient d’une vie avant la sienne, cela prouve-t-il la réincarnation ?

Ces souvenirs surgissent de deux manières : les souvenirs spontanés, notamment d’enfants, et les souvenirs qui émergent lors d’expériences de mort imminente, par ceux qui ont pu y échapper1.

Que penser de la réincarnation ? Paris-Match Enquête.


Des enfants se rappellent

Imaginez que votre enfant de trois ans se réveille un matin, vous disant qu’il aimerait bien rentrer chez lui et revoir ses frères et sœurs, ses parents, ou … sa femme ! Vous écouteriez peut-être d’une oreille passionnée, heureux de découvrir que votre bambin a une imagination très développée. Ou bien vous disciplineriez ce petit fabulateur, afin de lui apprendre les vertus de l’honnêteté. Mais si la question vous passionne, vous partirez à la recherche des faits, afin de vérifier les dires surprenants de votre « bout-de-chou ».

Lorsque les affirmations sont vagues, il est manifestement impossible de se prononcer. Mais que dire lorsque les noms des « parents », les circonstances de la mort, et la reconnaissance des lieux et des objets sont parfois vérifiés ? N’a-t-on pas là une preuve que l’enfant a bel et bien vécu ailleurs avant sa naissance ?

Un psychiatre du nom de Stevenson s’est penché sur ces cas encore rares en Occident. Il a fait de cette recherche d’indices sa spécialité et parcourt encore aujourd’hui le globe pour recueillir et étudier les témoignages de parents et d’enfants. Le premier ouvrage publié sous le titre 20 cas suggérant le phénomène de la réincarnation2 sert de référence. La première édition américaine date de 1966. Stevenson avait alors enregistré 600 cas. En onze ans de recherches supplémentaires, il aurait parcouru près d’un million de kilomètres pour réunir quelque 1700 dossiers. Voici l’un des témoignages spectaculaires qu’il rapporte :

Au mois d’avril 1950 (…) Nirmal, âgé de dix ans, mourait de la variole chez ses parents (…).

En août 1951, à Chhatta, la femme de Sri Brijlal Varshnay mettait au monde un fils ; ils l’appelèrent Prakash (…). Son comportement fut normal jusqu’à l’âge de quatre ans et demi. C’est alors qu’il commença à se réveiller au milieu de la nuit et à sortir en courant dans la rue. Une fois rattrapé, il déclarait qu’il était originaire de Kosi Kalan, qu’il s’appelait Nirmal et qu’il voulait aller dans son ancienne maison3.

Les informations sur ce cas relevé en Inde devaient se révéler exactes. Ces observations contiennent parfois des éléments troublants. Les corps des « réincarnés » peuvent présenter des traces des sévices de la vie passée. C’est ce que le montre ce deuxième exemple :

Le 19 janvier 1951, Ashok Kumar (…) fut entraîné dans un jeu et sauvagement tué par deux voisins avec un couteau ou un rasoir. Âgé de six ans, il était le fils de Sri Jageshwar Prasad (…). Le corps décapité, la tête mutilée et certains vêtements de l’enfant furent découverts par la suite (…).

Quelques années plus tard, Sri Jageshwar Prasad apprit qu’un garçon, né en juillet 1951 (six mois après la mort de Ashok Kumar) (…) s’était présenté comme le fils de Jageshwar (…). Il avait donné des détails sur son meurtre, nommant les meurtriers, l’endroit du crime, et donné d’autres précisions sur la vie et sur la mort de Ashok Kumar (…). Sa mère certifia qu’il avait une marque rectiligne en travers du cou, semblable à la cicatrice d’une blessure faite par un grand couteau. Elle déclara s’en être aperçue pour la première fois quand son fils avait trois ou quatre mois. C’était apparemment congénital4.

Stevenson verra l’enfant en 1964, et fera la constatation suivante :

Dans le haut du cou, légèrement sur la droite, je remarquai une marque rectiligne. Elle avait à peu près cinq centimètres de long et entre trois et six millimètres de large. De pigmentation plus foncée, elle avait l’aspect grenu d’une cicatrice. Cela avait tout à fait l’air d’une ancienne balafre cicatrisée faite par un couteau5.


Des preuves solides ?

La démonstration semble faite ! Pourtant, quelques observations critiques s’imposent.

Premièrement, il est difficile d’imaginer comment des cicatrices pourraient être « transférées » d’un corps sur un autre par le biais de l’entité qui se « réincarne ». Aucune explication, pas même « spiritualiste » n’est convaincante.

Deuxièmement, des marques « par identification » sont constatées dans des situations où la réincarnation est impossible. Les stigmates observés sur François d’Assise, ou plus récemment sur Thérèse Neumann et Marthe Robin ne font pas de ces personnes des « réincarnés » de Jésus-Christ ! Le fait que ces marques soient présentes à la naissance, ou qu’elles apparaissent lors d’un « report de personnalité » d’origine médiumnique, ne témoigne pas en faveur de l’hypothèse d’un transfert de l’âme : la « possession médiumnique » entraîne les mêmes résultats.

Le dernier exemple cité de Stevenson est révélateur d’un troisième problème : il faudrait croire que l’âme du défunt ne rejoint pas son nouveau corps au moment de la conception de celui-ci. Le premier enfant est mort, non pas neuf mois, mais seulement six mois avant la naissance du deuxième. L’âme du défunt se serait donc réincarnée dans un fœtus déjà âgé de trois mois. Stevenson, conscient de ce problème, interprète le phénomène comme étant la possession du corps du deuxième enfant par l’âme d’Ashok Kumar6. Dans ce cas, qu’est-il advenu de l’âme originelle du deuxième enfant ? On n’est peut-être pas dans une situation de réincarnation.

Quatrièmement, les recherches de Stevenson ont été partiellement discréditées par d’autres enquêteurs. On lui a notamment reproché son manque de rigueur. John Hick, pourtant sympathisant de la croyance en la réincarnation, aurait souhaité voir surgir des preuves réelles :

Mais il y a aussi le défaut, en ce qui concerne des preuves solides qu’aucune enquête scientifique fiable n’ait été faite alors que le cas était « vierge d’influence », avant que des suggestions et des idées inconscientes, des erreurs d’observations et les presque inévitables exagérations dans le récit de l’histoire, aient été faites (…). Ces circonstances et particulièrement le délai si considérable entre les événements et l’arrivée de Stevenson réduisent, selon moi, leur valeur de preuve en deçà du niveau où elles peuvent prétendre démontrer quoi que ce soit7.

D’autres objecteurs ont également souhaité effectuer des vérifications, et ils ont été très déçus. Ian Wilson, journaliste de formation universitaire et historien, a repris quelques-unes des enquêtes de Stevenson. Il a vu les photos de ces marques qu’il qualifie de très pâles et peu convaincantes et a souhaité recevoir les documents des enquêtes. Stevenson a refusé de les lui communiquer, ainsi qu’au professeur Louis Bélanger de la faculté de théologie de l’Université de Montréal, qui enseigne sur les phénomènes paranormaux. Ian Wilson écrivit :

En 1974, le docteur Ian Stevenson, avec le luxe de précision dont il est coutumier, publia le cas d’une femme qui, soumise à régression par son mari, un médecin américain, aurait adopté la personnalité masculine d’un certain Jensen Jacoby, qui s’exprimait en suédois du XVIIe siècle. Dissimulant l’identité du médecin et de son épouse sous des initiales codées, Stevenson déclara avoir procédé à cinq vérifications différentes de la véracité du témoignage sans rien déceler d’anormal. Une seule enquête me permit tout à la fois d’identifier le médecin en question et de découvrir des éléments si surprenants que je sommais le docteur Stevenson de s’expliquer. En guise de réponse, Stevenson m’adjura de ne rien révéler de ce que j’avais appris sur ce cas, de peur de bouleverser l’épouse du médecin, qui venait de perdre son mari. Les avocats de la veuve ne tardèrent pas à se manifester : ils m’écrivirent que le docteur Stevenson avait publié le cas de leur cliente sans que celle-ci, qui n’en était d’ailleurs pas informée, y eût consenti. Par égard pour une femme si soucieuse de préserver sa vie privée, je me contenterai de dire que ce cas ne valait pas un clou8.

Il est facile de faire du sensationnel. Cela nous intéresse tous, mais ce n’est pas toujours fiable.


Quand la croyance culturelle s’en mêle

Ces cas trouvent une première explication par le contexte culturel.

Sur les vingt cas discutés et analysés, sept ont été observés en Inde, trois à Ceylan (aujourd’hui République de Sri Lanka), deux au Brésil, sept dans le sud-est de l’Alaska (Indiens Tlingit), et un au Liban (Druzes). Dans tous ces pays, Stevenson affirme que la croyance en la réincarnation est très répandue9. Le dernier ouvrage de notre docteur, qui date de 1983, traite de douze cas sélectionnés : sept viennent de Thaïlande, et cinq de Birmanie.

Sur les 600 cas relevés par le Dr Stevenson en 1966, la moitié provient des pays du Sud-est asiatique, où la réincarnation est unanimement acceptée. Stevenson lui-même confirme notre propos, lorsqu’il écrit :

La croyance en la survie et la certitude d’une réincarnation possible sont répandues au Brésil au point d’avoir créé un climat favorable aux récits de souvenirs d’une présumée vie antérieure10.

S’il est vrai que cette croyance favorise ou même suscite de tels phénomènes, cela remet en question la validité de ces observations. Un Indien, parapsychologue et enquêteur sur les vies antérieures, cite des travaux similaires et conclut :

Il est déconcertant d’apprendre que sur 300 cas de souvenirs de vie antérieure, plus de 100 viennent d’Inde. Pouvons-nous ignorer une prédisposition culturelle pour interpréter ces faits selon un modèle mythique ? (…) Une prétendue loi universelle de renaissance tellement conditionnée par des facteurs purement régionaux est suspecte11.

Déplorant le manque de cas observés en Europe, un défenseur français de la croyance en la réincarnation, Siémons, écrit : « On en trouve, il est vrai, et peut-être en trouvera-t-on de plus en plus… à mesure que se répandra la croyance en la réincarnation en Occident. »12

S’il faut attendre qu’une civilisation croie à la réincarnation pour découvrir des souvenirs spontanés, n’est-ce pas que ce phénomène reflète davantage un environnement culturel qu’une réalité universelle ? Les mille sept cents anecdotes du Dr Stevenson ne sont au mieux que les témoignages d’une culture.


Et vous ?

Qu’en pensez-vous ? Ces souvenirs sont-ils sérieux ? Fiables ? Des preuves de la réincarnation ?

Onze années après la première publication de son ouvrage, Stevenson a pourtant reconnu : « qu’ils soient pris individuellement ou qu’ils soient pris dans leur globalité, ces cas ne présentent pas un commencement de preuve de la réincarnation13. »

La réincarnation est une croyance. Mais elle n’a pas été démontrée. Ni par les souvenirs d’enfants ni par les souvenirs obtenus sous hypnose, ce dont on pourrait parler si le sujet vous intéresse !

C’est plutôt majeur comme enjeu.

Pendant des années, je n’avais pas peur de la mort. Et j’étais relativement détaché face à la mort de proches – après tout, ils continueraient à vivre autrement… Seulement voilà. Une petite phrase de la Bible a introduit un doute dans mon esprit : « Le sort de tout homme est de mourir une seule fois – après quoi il est jugé par Dieu…14 ». Mmmh.

Croire qu’on vivra 1000 vies, et ne réaliser ensuite qu’on en a qu’une seule pour trouver le chemin de Dieu et de la vie, ça pousse à réfléchir sérieusement à la question….


1Pour une analyse des Expériences de Mort Imminente, voir Florent Varak « Les Expériences de Mort Imminente (EMI/NDE) et la Bible », accessible ici.

2I. STEVENSON, 20 cas suggérant le phénomène de la réincarnation, Paris : J’ai Lu, 2007. Les numéros de page correspondent à la version publiée aux Éditions Sand, 1985.

3Ibid, p. 41.

4Ibid, p. 118-119.

5Ibid, p. 123

6I. STEVENSON , Op. Cit., p. 393.

7J. HICK , pp. 373-374 in N. L. GEISLER et J. Y. AMANO, The Reincarnation Sensation, Wheaton (IL) : Tyndale house publishers, 1986, p. 62.

8I. WILSON, p. 74 in F. BRUNE, Les morts nous parlent, Paris : Éditions du Félin, 1988, p. 253.

9I. STEVENSON, Op. Cit., pp. 209, 244, 294, pour le Brésil, les Indiens Nord Américains, et les Druzes du Liban.

10I. STEVENSON, Op. Cit., p. 209.

11C.T.K. CHARI, pp. 132-133 in N. L. GEISLER et J. Y. AMANO, , The Reincarnation Sensation, Wheaton (IL) : Tyndale house publishers, 1986, pp. 76-77.

12J.-L. SIEMONS, Revivre nos vies antérieures, Paris : Albin Michel, 1984, p. 178.

13I. STEVENSON, (II), p. 325 in N. L. GEISLER et J. Y. AMANO, p. 62.

14Lettre aux Hébreux, chapitre 9, verset 27, version Semeur.

Rédacteur

Florent Varak

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Louise Dibling

Contributeur

Louise Dibling

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