Développement personnel : est-ce que j’aime apprendre ?

Je me souviendrai toute ma vie du jour où mes certitudes sur le monde se sont effondrées.

Il s’agissait précisément, ce jour-là, de mes certitudes sur le monde des grandes personnes (celles qui sont grandes en taille bien sûr, mais supposément aussi en maturité, j’ai nommé : les « adultes »). Oui parce que, ce fameux jour où tout a basculé, je devais avoir 4 ans à peine. Alors, puisque les adultes autour de moi avaient globalement 4 têtes et plusieurs décennies de vie de plus que moi, je les considérais forcément comme des puits infinis de savoir et de sagesse.

On est bien innocent quand on a quatre ans !

Article écrit à partir d’une chronique de l’autrice, Léa Rychen, sur Radio Omega. https://www.radioomega.fr/rub304


Je ne me souviens plus si je voyais nécessairement mes parents comme des héros (je ne crois pas d’ailleurs, désolée papa-maman), mais je me revois admirative de ma mère qui jouait du piano et remplissait l’appartement de mélodiques notes de musique. Pour l’accompagner, je chantonnais et je me dandinais un peu. Mais surtout, je rêvais de pouvoir à mon tour m’installer sur le tabouret et dialoguer avec les touches. Faire de la musique, quelle merveille ! Honnêtement, c’est fascinant non, le fait que juste quelques doigts, articulés par-ci par-là, peuvent produire une si grande intensité émotionnelle, et ouvrir des avenues de réflexions profondes et escapades rêveuses…

Aujourd’hui encore, quand je regarde des instrumentistes faire leur magie, j’ai à nouveau quatre ans.

J’avais 4 ans donc, et ma mère voyait bien que tout ça me faisait envie. Tout naturellement, elle m’a proposé alors de m’inscrire à des cours de piano. Et moi, tout aussi naturellement, je lui ai répondu : « Pas besoin d’apprendre, maman, parce que le jour où je serai adulte, je saurai forcément faire du piano. Parce que je serai adulte ! » Oui oui, c’est d’une logique implacable :

Le jour où l’on devient adulte, un basculement magique s’opère. D’un coup d’un seul, et sans avoir rien dû faire pour, on sait faire du calcul mental, cuisiner des lasagnes, remplir une déclaration d’impôts et jouer du piano. Evidemment.

On est bien innocent quand on a quatre ans ! Je plains ma maman qui, ce jour-là, a dû m’ouvrir les yeux sur la douloureuse réalité.

Je plains la moi enfant, quatre ans seulement, qui se rend compte qu’elle va devoir, même à contre cœur, travailler et apprendre.

Je plains aussi la moi adulte qui, en dépit de toute bonne volonté, n’est toujours pas très douée en calcul mental, ni pour la cuisson des lasagnes, ni pour la déclaration d’impôts, et qui ne sait toujours pas jouer du piano.

Et en même temps, cette prise de conscience a eu du bon.

Elle m’a offert (de façon précoce et un peu violente, certes) une sorte de grille de lecture sur le monde. J’entends par « grille de lecture » cette paire lunettes à travers laquelle on regarde et interprète le monde.

En fait, même si elle est inconsciente, chacun en a une. Cette manière de voir les choses et de tenter de les comprendre est composée bien souvent de multiples données fort complexes. Cependant, plus on creuse pour la discerner, mieux on se connaît. Comprendre notre grille de lecture nous permet de comprendre les fondements de nos choix politiques ou éthiques, nos décisions du quotidien, nos réactions émotionnelles ou encore nos quêtes spirituelles.

Il s’agit d’une certaine manière de voir les choses, et non d’une réalité objective et universelle. Et si nous prenons conscience que nous voyons toutes et tous les choses de manière (plus ou moins) différente, alors il devient plus aisé de comprendre pourquoi diantre mon collègue/ma mère/mon conjoint ne pense pas comme moi (alors que, franchement, c’est pourtant clair que j’ai raison…).

Le jour où j’ai compris, et ça s’est confirmé par la suite, que nous les adultes sommes des êtres imparfaits et même bien loin d’être aboutis, une clé de lecture puissante s’est mise en place dans mon esprit d’enfant.

Inconsciemment, je commençais à comprendre que l’on est souvent bourrés d’erreurs et de failles et de mauvais travers. Eh oui.

Même quand on dépasse le mètre cinquante et les dizaines d’années au compteur, il reste toujours du potentiel pour grandir.

Et donc, alors que je revois les doigts maternels sur l’instrument mélodieux, c’est plusieurs questions qui font surface. Quels sont les schémas mentaux que j’ai acquis par le temps, les expériences, et qui me font porter un certain regard sur la vie ? Est-ce que certains d’entre eux méritent d’être questionnés, repensés, réévalués ?

Ai-je conscience de mon besoin d’apprendre ?

Est-ce que, comme l’avait compris bébé Léa, je suis consciente que j’ai encore besoin d’apprendre ?


Crédits photo : Johannes Plenio sur Unsplash

Léa Rychen

Rédacteur

Léa Rychen

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