Qu’est-ce que le bien et le mal ? Réflexion sur la morale, la science et Dieu
Qu’est-ce que le bien et le mal ? Y a-t-il quelque chose qui soit vraiment injuste ?
Alors que nous avons pris la mer sur les eaux troubles du postmodernisme et de la post-vérité, l’indignation morale, sans ancrage à quoi que ce soit d’absolu, n’est-elle pas une absurdité totale ? Si ce qui est juste est simplement la préférence de la majorité dans un temps et lieu donnés, que se passe-t-il lorsque cette préférence change ?
Réflexion philosophique, par l’auteur de l’article Le Dilemme humain : réflexion sur le sens de la vie avec (ou sans) la foi
Tout n’est-il que matière ?
Si nous tombons vraiment sans cesse en avant, en arrière, ou encore de côté, s’il n’y a plus un en-haut ni un en-bas, si nous errons comme à travers un néant infini, une telle indignation n’est-elle pas dénuée de sens ?
Si l’univers est, comme l’a présenté Richard Dawkins,
un univers d’électrons et de gènes égoïstes, de forces physiques aveugles et de réplications génétiques, où certaines personnes vont souffrir, d’autres vont avoir de la chance, et vous n’y trouverez ni logique ni raison, ni aucune justice…[1]
Et si, continue Dawkins,
L’univers que nous observons possède précisément les propriétés auxquelles nous devrions nous attendre s’il n’y a, au fond, aucun dessein, aucun but, aucun mal, aucun bien, rien d’autre qu’une indifférence impitoyable…[2]
Alors pourquoi tout le monde se plaint-il ?
Dawkins, et d’autres comme lui [3], soutiennent que l’univers n’est composé que de matière et d’énergie organisées et réorganisées par des forces naturelles sans guide dans un système fermé. Cette vision naturaliste de l’univers, qui est omniprésente dans la société aujourd’hui, depuis les amphithéâtres des grandes universités aux films et émissions de télévision, ne fournit aucune base pour une moralité objective.
Le bien et le mal existent-ils ?
Il est fascinant de noter que bien que cette vision ait atteint un consensus quasi-monolithique dans la pensée occidentale, elle a également donné lieu à une cacophonie de discussions exigeant justice, éthique du leadership, égalité et équité.
L’ironie ici devrait être évidente ! Si le naturalisme est vrai, alors l’univers, de la plus grande galaxie à la plus petite particule subatomique, est totalement arbitraire dans son existence et, en tant que tel, ces exigences sont complètement absurdes.
Qu’en est-il de l’égalité, le cri de ralliement derrière chaque mouvement de justice sociale, depuis l’émancipation des esclaves jusqu’au droit de vote des femmes, en passant par le mouvement des droits civiques, et bien d’autres encore ?
Cela aussi est absent dans un univers impitoyablement indifférent.
Sommes-nous réellement égaux ?
Nous tenons l’égalité pour acquis, mais il s’agit d’un phénomène relativement récent et isolé. Aristote croyait que certaines personnes étaient nées afin de diriger, d’autres afin de servir comme main d’œuvre [4]. Pendant la majeure partie de l’histoire de l’humanité, l’inégalité naturelle était une vérité évidente. Friedrich Nietzsche affirmait qu’il existait une égalité entre égaux, mais que consacrer des efforts et des ressources pour venir en aide aux pauvres, aux malades, ou aux hommes moindres, était un gaspillage.
La morale de « l’égalité des droits » est une morale de troupeau, et comme elle s’oppose à la formation d’individus supérieurs, elle conduit à la corruption de l’espèce humaine.[5]
Si ce sentiment vous dérange, c’est normal.
Ces mots sont gravés dans les briques d’Auschwitz et forgés dans les chaînes de l’esclavage. Si l’on considère la notion d’une théorie de contrat social, avec un objectif vers le « plus grand bien » ou le « bien commun » pour la société, on se retrouve avec la grande question :
Qui détermine ce qui est bien et avec quelle autorité ?
Qui répondra ? Dans un tel univers, arbitraire, sans but, sens, ou vertue, il n’y a que des préférences personnelles. Tout débat sur des notions ou qualités telles que le bien, le mal, le juste et l’injuste est absurde, et n’est pas plus important que de débattre sur la bonne direction dans laquelle le papier toilette doit être placé sur le rouleau, ou de savoir quel est le meilleur bonbon.
Sans absolu éthique, il ne reste que différentes opinions disparates n’ayant aucune base pour juger ce qui est supérieur. Le seul espoir de la société est un consensus culturel éphémère. Ainsi, tout ce qui est nécessaire pour établir ou modifier ce qui est « moral » est une majorité de cinquante pour cent plus un. Le naturalisme ne laisse que la société pour faire appel en matière de morale et il ne reste donc que la « loi de la jungle » : le pouvoir fait le bien.
La science, seule vérité ?
La science, qui est devenue le seul législateur de vérité dans notre vingt-et-unième siècle rationaliste, ne saurait nous offrir de guide. Richard Dawkins a illustré cette triste réalité :
Il y a eu récemment un célèbre chef de cuisine à la télévision qui a réalisé un coup médiatique en cuisinant du placenta humain et en le servant sous forme de pâté, frit avec des échalotes, de l’ail, du jus de citron vert et tout le reste. Tout le monde a trouvé cela délicieux. Le père en a mangé dix-sept portions. Un scientifique peut souligner, comme je l’ai fait, qu’il s’agit en réalité d’un acte de cannibalisme. Pire encore, étant donné que le clonage est un sujet très controversé à l’heure actuelle, et que le placenta est un véritable clone génétique du bébé, le père a en fait mangé le clone de son propre bébé. La science ne peut pas vous dire s’il est bien ou mal de manger le clone de votre propre bébé, mais elle peut vous dire que c’est ce que vous faites. [6]
Kai Nielsen l’a formulé ainsi :
Nous n’avons pas été capables de démontrer qu’il faut que la raison requiert un point de vue moral, ou que toutes les personnes vraiment rationnelles ne devraient pas être des individus égoïstes ou amoraux. La raison ne décide pas ici. L’image que j’ai dépeinte pour vous n’est pas plaisante. Y réfléchir me déprime. La raison pure et pratique, même avec une bonne connaissance des faits, ne vous mènera pas à la moralité. [7]
La science, en comparaison de ce qu’elle apporte au monde moderne, n’a rien à dire sur ce sujet car son objectif n’est que de décrire ce qui est et non si quelque chose devrait être ou non.
Victor E. Frankl, un survivant de l’holocauste, a affirmé :
Si nous présentons à un être humain une conception de l’homme qui n’est pas vraie, nous risquons fort de le corrompre. Lorsque nous présentons l’homme comme un automate à réflexes, une machine à penser, un ensemble d’instincts, un pion des pulsions et des réactions, un simple produit de l’instinct, de l’hérédité et de l’environnement, nous alimentons le nihilisme auquel l’homme moderne est, de toute façon, enclin. J’ai découvert la dernière étape de cette corruption dans mon deuxième camp de concentration, Auschwitz. Les chambres à gaz d’Auschwitz étaient la conséquence ultime de la théorie selon laquelle l’homme n’est rien d’autre que le produit de l’hérédité et de l’environnement ; ou, comme les nazis aimaient à le dire, « du sang et du sol ».
Je suis absolument convaincu que les chambres à gaz d’Auschwitz, de Treblinka et de Maidanek n’ont pas été préparées dans un ministère ou un autre à Berlin, mais plutôt dans les bureaux et les amphithéâtres de scientifiques et de philosophes nihilistes.
Mais nous n’osons pas faire appel à Dieu pour trouver une telle réponse. Ce genre de superstition est totalement dénué de fondement. Bien sûr, chacun est libre de croire aux contes de fées qu’il souhaite, tant que ces absurdités restent privées. Mais tous ceux qui s’y connaissent savent que Dieu est mort, enterré depuis longtemps par la science. [8]
A-t-on besoin de Dieu ?
Le problème, comme l’a dit un jour Malcolm Muggeridge, c’est que
« Si Dieu est mort, quelqu’un devra prendre sa place. Ce sera la mégalomanie ou l’érotomanie, la soif de pouvoir ou la soif de plaisir, le poing serré ou le phallus, Hitler ou Hugh Hefner ». [9]
Il suffit d’un rapide coup d’œil sur le paysage sociopolitique pour constater que cette affirmation frôle le prophétique.
En conclusion, dans un univers impitoyablement indifférent, il ne nous reste plus que les dernières lignes du texte satirique de Steve Turner « Le crédo des penseurs modernes » :
Si le hasard est le père de toute chair,
Le désastre est son arc-en-ciel dans le ciel.
Et quand vous entendez :
« État d’urgence ! »
« Un tireur embusqué tue dix personnes ! »
« Les Blancs se livrent au pillage ! »
« Une bombe explose dans une école ! »
Ce n’est que le bruit de l’homme adorant son créateur. [10]
Références
[1] Richard Dawkins, River Out of Eden: A Darwinian View of Life, Weidenfeld, 1995, pp. 132-133.
[2] Ibid., p. 133.
[3] Sam Harris ou Christopher Hitchens, par exemple.
[4] Aristote, Politique, Livre I, Partie V.
[5] Friedrich Nietzsche, Par delà le bien et le mal, 1993, paragraphe 202. Il ne s’agit cependant pas d’une citation exacte, mais de l’expression de sa pensée de manière plus générale.
[6] Hugh Fearnley-Whittingstall. Il a servi le pâté lors d’un buffet sur sa chaîne TV Dinners. See Richard Dawkins, The Devil’s Chaplain: Reflections on Hope, Lies, Science, and Love, Mariners Book, 2004, pp. 232-234.
[7] Kai Nielsen, Why Be Moral, Prometheus, 1989, p. 67.
[8] Viktor Frankl, The Doctor and the Soul: From Psychotherapy to Logotherapy, Vintage, 1986, xxvii.
[9] Malcolm Muggeridge, Jesus: The End of Christendom, William B. Eerdmans Publishing, 1980, p. 46.
[10] Steve Turner, « Creed », Up to Date: Poems 1972-1992, Londres, Hodder & Stoughton, pp. 42-44.
Crédits photo : Tingey Injury Law Firm sur Unsplash
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