Chroniques sur la joie : De quelle joie est-ce que je saupoudre mon quotidien ?

Il y a quelque temps, j’ai décidé de faire mon propre pain. Sans grande prétention hein, juste un peu de farine et d’eau, quelques pincées de sel et beaucoup de pétrissage très approximatif. Le secret, paraît-il, c’est la levure boulangère : un petit composant qui ne paie pas de mine mais vient sublimer le mélange.

Un peu de levain fait lever toute la pâte.

Article écrit à partir d’une chronique de l’autrice, Léa Rychen, sur Radio Omega. https://www.radioomega.fr/rub304


Mon inspiration pour cette aventure boulangère, c’étaient les publications en masse pendant la pandémie de COVID-19 sur les réseaux sociaux. Monsieur Machin et Madame Bidule exposaient non sans fierté leur jolie miche bien dorée, et tout le monde y allait de son tout premier pain aux graines, de sa toute première baguette au four même pas ratée, le tout dans une photo bien cadrée avec un joli filtre qui fait rêver.

Alors moi aussi, je me suis dit, je vais devenir une héroïne du quotidien qui fait son pain.

J’ai acheté mes kilos de farine et de levure boulangère et j’ai fait mes premières tentatives. J’ai laissé monter, j’ai pétri avec beaucoup d’entrain, j’ai laissé monter un peu plus et j’ai regardé la magie opérer. Une vraie héroïne je vous dis. Alors, comme c’était plutôt mangeable, je me suis dit que j’allais passer à l’étape supérieure et essayer la brioche. C’est globalement les mêmes ingrédients et globalement la même procédure, enfin globalement hein.

Moi aussi je voulais ma jolie photo sur les réseaux sociaux et la joie de me dire : « Je l’ai fait. »

Donc, j’avais trouvé presque tous les ingrédients et une recette pas trop compliquée pour la débutante que j’étais, et c’était plutôt bien parti. J’ai laissé monter, j’ai pétri avec beaucoup d’entrain, j’ai laissé monter un peu plus et j’ai regardé la magie opérer. Sauf que, au moment de mettre au four, la magie en question avait une sale odeur de fermentation acide et la masse informe nommée brioche sentait plus le pourri que le sucre vanillé. D’un coup, l’apprenti héroïne faisait moins la maligne. Il y a dû avoir un problème avec la recette.

J’ai lu un jour que la philosophe Simone Weil avait écrit : « La joie est notre évasion hors du temps. » J’avais trouvé cela magnifique.

Un de mes objectifs dans la vie, c’est de choisir la joie, de saupoudrer mon quotidien avec une bonne dose de joie solide qui ne dépend pas des circonstances. La joie comme condiment, comme ingrédient essentiel, comme petit élément magique qui viendrait sublimer chaque journée. N’est-ce pas une bonne recette pour aborder chaque journée ?

Alors sur le papier, peut-être.

Mais la réalité c’est que depuis quelques jours, je pétris, je pétris, je pétris encore, mais les masses informes de mes journées sentent plus le pourri que la joie à toute épreuve. Hum. Il y a dû avoir un problème avec la recette.

Avec ma toute première brioche, je me suis vite rendu compte de mon erreur. Je vous assure, j’avais suivi la recette à la lettre ! Toute docile, j’avais mis les ingrédients ensemble et plus ou moins dans le bon ordre, j’avais pétri avec amour et la pâte avait effectivement bien monté.

C’était censé sentir bon le sucré, sauf que tout l’appartement empestait. En fait, si l’on peut utiliser tant de la levure sèche que de la levure en poudre, il faut évidemment bien penser à en adapter les proportions. Moi, j’avais suivi les instructions pour de la levure sèche mais en utilisant de la levure en poudre : en bref, j’en avais mis trois fois plus que nécessaire… (Les spécialistes de cuisine et super-héros des brioches peuvent se moquer, je vous autorise !)

Donc oui, un peu de levain fait lever toute la pâte, mais trop de levain crée une réaction chimique assez infâme qui rend la pâte immangeable.

Et peut-être que la joie, c’est comme une recette de cuisine : il faut non seulement les bons ingrédients, mais si possible dans l’ordre et avec les bons dosages.

J’ai peut-être pétri mes journées avec le mauvais levain : une joie trop poudreuse et pas assez solide, peut-être pas le bon ingrédient.

Un peu de levain fait lever toute la pâte, c’est Jésus qui disait ça. Quel est le bon levain de joie pour saupoudrer ma journée ? Et si Jésus pouvait me l’indiquer ?


Crédits photo : Jeremy Yap sur Unsplash

Léa Rychen

Rédacteur

Léa Rychen

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