L’histoire ne se répète pas, elle bégaie. L’IA est peut-être notre nouvelle bulle Internet.
Et si, derrière la frénésie, l’intelligence artificielle était déjà en train de perdre son pari ?
À l’aube des années 2000, ce que l’on nommait la « bulle Internet » a éclaté. Aujourd’hui, l’histoire recommence, mais en plus gros : toutes proportions gardées, les investissements en IA sont six fois plus volumineux. Et cette fois, le rêve s’appelle intelligence artificielle générative.
Et si la sagesse biblique articulée par Jésus pouvait nous aider à y voir plus clair ?
La bulle IA
Il y a un quart de siècle, des géants comme Altavista, Lycos, AskJeeves et Yahoo! dominaient le Web. Si ces noms de services en ligne et moteurs de recherche évoquent quoi que ce soit aujourd’hui (essentiellement pour les personnes nées avant 1995 !), c’est surtout un mélange de nostalgie et d’avertissement.
Tous datent d’avant la « bulle Internet ».
À l’époque, des milliards ont été investis dans l’infrastructure numérique : câbles, data-centres, modems, bande passante. On construisait partout, on multipliait les « startups », persuadés que l’internet grand public était le futur prometteur et inéluctable.
Puis, à l’aube des années 2000, la bulle a éclaté.
Très peu d’entreprises ont survécu. Google a écrasé la concurrence, les valorisations se sont effondrées, et l’économie mondiale — américaine surtout — a mis douze ans à s’en remettre.
Aujourd’hui, l’histoire recommence, mais en plus gros.
Les investissements en IA sont désormais six fois plus volumineux, toutes proportions gardées, que durant la bulle Internet. Et cette fois, le rêve s’appelle intelligence artificielle générative.
De gigantesques centres de données surgissent aux quatre coins du monde ; des États engagent leurs budgets pour la fabrication de millions de puces afin d’accroître la puissance de calcul des IA ; tout cela est alimenté par des milliards publics et privés. Une poignée d’entreprises concentre des valorisations vertigineuses. Des centaines d’autres en dépendent, espérant surfer sur la vague tandis qu’elle monte en ce moment.
C’est dans ces termes que Jerry Kaplan, professeur à Stanford et expert des impacts socio-économiques de l’IA, tire la sonnette d’alarme :
L’emballement actuel des investissements en IA pourrait bien présenter tous les signes d’une bulle spéculative.
Pas parce que l’IA serait inutile — loin de là — mais parce que la course aux investissements est déconnectée de la réalité économique.
Son analyse est sans fards : en réalité, une grande partie des applications avec IA générative réellement utiles pourraient fonctionner dès aujourd’hui sur des ordinateurs personnels, sans infrastructures démesurées, sans « cloud » pharaonique, déjà juste avec de bonnes puces. Pourtant, on continue de construire, d’acheter, de spéculer pour démultiplier les puissances de calcul.
Une illusion coûteuse à plusieurs niveaux
L’article de Kaplan (et d’autres analyses financières récentes) met en lumière une vérité difficile : nombre des gains promis par l’IA restent incertains. Beaucoup de projets pilotes n’ont pas encore généré de valeur réelle pour leurs entreprises. Et pourtant, la surenchère continue : une logique d’étalage plutôt que de service.
On observe :
- des structures colossales (data-centres, GPU, énergie, refroidissement), qui demandent des capitaux gigantesques et entraînent des conséquences écologiques lourdes ;
- une concentration des mises : très peu d’acteurs raflent les valorisations, ce qui ressemble à ce qui est arrivé aux constructeurs automobiles des années 1930 ou aux moteurs de recherche des années 1990, deux industries qui se sont effondrées en cinq ans à peine à cause de cet emballement ;
- un risque systémique : quand la bulle éclatera, ce ne seront pas seulement les investisseurs qui seront touchés, mais des pans entiers de l’économie, des emplois, des petits porteurs, des foyers fragiles, des retraités, des sociétés entières, comme lors de la bulle « dot-com ».
En somme : l’IA n’est pas mauvaise en soi. Mais l’idéologie qui clame « puissance maximale = progrès maximal » mérite d’être interrogée.
Ambition, simplicité et bon travail : une autre voie possible
Un autre niveau de lecture mérite qu’on y prête attention. L’écrivain et penseur chrétien Andy Crouch, dans son essai Culture Making: Recovering Our Creative Calling, invite à adopter une posture radicalement différente. Il rappelle que la culture — au sens le plus large : travail, arts, techniques, vie en communauté — ne se transforme pas forcément par la surenchère de moyens, mais par la fidélité à de petits gestes persistants :
« Le secret de l’excellence, dans pratiquement tous les domaines de nos cultures, commence avec ce que les percussionnistes appellent “les rudiments” : les petits gestes essentiels, trop basiques pour impressionner qui que ce soit, qui requièrent une certaine tolérance à l’ennui et sans lesquels on reste pour toujours un piètre amateur. » [1]
Autrement dit : la véritable innovation ne commence pas toujours par des data-centres gigantesques. Elle commence parfois par la simplicité, la constance, l’humilité, les bonnes pratiques bien pensées et bien mises en œuvre — des « rudiments » appliqués avec constance.
Cela résonne avec une sagesse biblique ancienne articulée par Jésus, dans une de ses nombreuses paraboles et propos sur l’argent, selon laquelle c’est lorsqu’une personne se montre digne de confiance dans des choses qui ont peu de valeur qu’elle mérite qu’on lui confie celles qui en ont beaucoup (cf. Évangile selon Matthieu, 25:21).
Un travail modeste mais fait avec intégrité a une valeur intrinsèque qui dépasse la tâche elle-même, et il peut avoir une influence durable, souvent plus que des investissements spectaculaires mais fragiles et dispersés.
Que faire, aujourd’hui ?
Je ne propose certainement pas un rejet systématique de l’IA, ni un retour nostalgique vers un passé idéalisé. Mais je crois que nous pouvons — et devrions même —, quelles que soient nos positions professionnelles, personnelles ou citoyennes, oser un regard différent. Voici quelques pistes réflexives pour conjuguer innovation et responsabilité :
- 👉 Repenser la corrélation : puissance ≠ valeur. Avant de viser le projet « important », interrogeons-nous : « Est-ce que cela sert une finalité durable, pour des personnes réelles, pour la société, pour l’environnement ? »
- 👉 Valoriser la simplicité et la constance. Encourager et reconnaître les innovations accessibles, modestes, celles qui ne nécessitent pas un data-centre ni des milliards, mais des idées, de l’engagement, de la persévérance.
- 👉 Mesurer les impacts globaux. Social, économique, écologique ; avant de s’enflammer, posons les bonnes questions : à qui profite l’innovation ? Quel coût réel ? Quel héritage concret à long terme ?
- 👉 Adopter une posture de service plutôt que d’affichage. L’humilité, souvent négligée, peut être un moteur puissant d’influence et de changement authentique.
En guise de conclusion : repenser l’IA à hauteur humaine
L’histoire ne se répète pas ; elle bégaie. L’intelligence artificielle est fascinante, pleine de promesses — mais comme après la bulle Internet, la question n’est pas seulement « Peut-on ? », mais « Devrait-on ? », et surtout :
« Comment mieux appréhender l’IA “dans les petites choses”, en gardant notre liberté, notre intégrité, notre humanité ? »
Car c’est là que réside le vrai enjeu. Nous ne manquons pas de puissance de calcul.
Ce qui fait défaut, bien souvent, c’est un cadre, une sagesse d’usage, un enracinement éthique et existentiel.
En philosophie phénoménologique, on parle souvent de “retour aux choses mêmes” (Edmund Husserl) : l’idée de revenir à l’expérience première, avant toute abstraction, avant tout excès de moyens. Ce qui, dans notre contexte, pourrait bien vouloir dire : revenir à la manière dont nous voulons vivre, travailler, créer, décider.
Face à ces enjeux, comment cultiver un usage responsable de l’IA ? C’est précisément la question que nous explorons dans la série de webinaires « IA : une hygiène de vie », développée par imagoDei. Ni technophobe, ni techno-enthousiaste, cette série s’adresse à tous celles et ceux qui veulent reprendre du début leur relation avec les IA génératives comme ChatGPT pour en faire des alliés intelligents, éthiques et utiles dans leur vie professionnelle et personnelle.
🎯 En six épisodes, vous accéderez à une synthèse exigeante mais accessible, fondée sur un an de recherche et développement d’imagoDei dans l’IA générative, pour :
- développer un usage actif et non subi de l’IA ;
- renforcer votre efficacité et votre créativité sans sacrifier vos valeurs ;
- construire une hygiène de vie numérique qui vous protège d’une dépendance technologique silencieuse.
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Parce qu’il est encore temps de faire de cette technologie quelque chose qui nous sert et non qui nous maîtrise !
[1] Traduction légèrement adaptée pour une compréhension plus immédiate. Citation originale : «The secret to excellence in almost every cultural domain begins with what drummers call “rudiments”—the essential ingredients, too basic to be impressive and often requiring a certain tolerance for boredom, without which you will always be a dilettante. » Source : https://andy-crouch.com/articles/skillful_culture_making
Crédits photo : NASA sur Unsplash
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