Crise du sens, consumérisme, pornographie : quelle alternative ?

Crise du sens, consumérisme, pornographie : une autre voie est-elle possible aujourd’hui ? C’est, en tout cas, la conviction de Joseph Gotte, étudiant de 23 ans qui affiche au travers de son blog, mais aussi d’un livre-témoignage, son désir de vivre sa jeunesse autrement !




Joseph, tout d’abord : qui es-tu ? Parle-nous un peu de toi !

Je suis un jeune étudiant de 23 ans, fraîchement diplômé d’un Master 2 en Communication politique et depuis peu doctorant au sein de l’Université Paris-Est Créteil. Enfant de pasteurs – des ministres du culte protestant donc – mais aussi, quelque part, « enfant » de la République, j’expérimente depuis tout jeune la distance qui peut séparer mon environnement familial de mes lieux d’études – laïques, séculiers. Dans ce rapport, parfois complexe, j’ai souhaité lancer en 2016 le blog « Vivre sa jeunesse autrement », mais aussi l’ouvrage qui en a découlé, en 2019.


Peux-tu nous en dire un peu plus sur ce livre ?

Vivre sa jeunesse autrement : 20 défis pour ma génération, c’est un livre qui revient sur vingt étapes de mon parcours personnel. Des épisodes de mon parcours, j’essaye à chaque fois d’en extraire une grande thématique et un défi qui touchent particulièrement la génération « Z » (personnes nées entre 1997 et 2010), mais aussi la génération « Y » (celles nées entre 1984 et 1996). À chaque chapitre, j’invite le lecteur à mettre en place une action concrète dans sa propre vie.


Écrire un livre à ton âge, c’est assez rare. Bravo ! Je souhaiterais revenir à  la profession de tes parents – pasteurs : comment a-t-elle affecté ta vie ?

Plus jeune, je n’avais pas tant conscience de l’originalité de cette situation. Parce que, finalement, je ne connaissais rien d’autre. Malgré tout, j’ai très vite ressenti une forme de décalage, tout au long de ma scolarité dans l’éducation publique. À cela s’ajoute le fait que mes parents sont protestants et que j’ai grandi dans une ville plutôt catholique, où le protestantisme était méconnu et peu représenté. Ça pouvait entrainer des questions voire des suspicions de la part de professeurs et d’amis. C’est pourquoi j’ai rejeté pendant longtemps cette « étiquette » de croyant, avant qu’elle devienne plus tard une fierté, une marque de ma singularité.


Quelque part, tu es un peu comme Obélix : tu es tombé dans la soupe quand tu étais petit 😊 Est-ce que la foi ça a toujours été vrai, pertinent pour toi ?

Pour moi, cela faisait partie du décor de ma vie : j’étais le dimanche matin à l’église, on priait en famille avant de manger, etc. Mais je n’avais pas cette conviction intérieure qui me disait : « c’est vraiment vrai ». J’étais davantage influencé par le discours que je pouvais entendre à l’école : « Dieu n’existe pas, c’est un mythe ». Je ne peux pas occulter pour autant l’expérience positive que j’ai eue en grandissant dans l’église. Je m’y suis fait beaucoup d’amis, j’ai vécu des temps de partage et de convivialité forts. Cependant, je n’avais pas ce « déclic ». Jusqu’au moment où j’ai quitté mon cocon familial pour changer de ville et suivre des études dans l’enseignement supérieur. En me retrouvant face à moi-même, je me suis beaucoup questionné sur l’existence de Dieu, la vie après la mort, le choix du christianisme parmi les autres religions. Paradoxalement peut-être, c’est à ce moment qu’est née ma foi personnelle, qui n’était plus juste celle de mes parents, ou de mes frères et sœurs.


Pourquoi en parler autant sur les réseaux sociaux ? Pourquoi médiatiser cette part de ta vie qui touche à ton intimité, à ta vie privée ?

Par mes choix scolaires et professionnels, j’avais de nombreuses compétences dans le domaine de la communication, et je souhaitais les mettre au service d’un message engagé. À la suite de cette expérience de foi, j’ai ressenti le besoin et l’envie d’en parler avec une certaine transparence.

Cela m’a paru très naturel, sachant que beaucoup d’autres jeunes se posent ces grandes questions de la vie, et que peu de personnes osent y répondre.

Ce n’est pas toujours facile dans le contexte français qui intériorise beaucoup la religion, mais pour moi, cette « bonne nouvelle » devait être partagée avec d’autres.


Mais est-ce que ta génération se préoccupe vraiment de ces sujets relatifs à la religion ?

Mon impression concernant la génération « Z », c’est qu’une bonne partie de celles et ceux qui la composent a grandi dans une famille athée ou agnostique. De cette faible socialisation religieuse, je crois qu’il en résulte une jeunesse qui a relativement peu d’aprioris ou de mauvaises expériences avec l’Église ou le milieu religieux. Le terrain est assez neutre. Il y a une forme de curiosité pour comprendre la foi de chacun, qu’il soit musulman, chrétien, juif, bouddhiste ou autre.

Avec le rejet montant de la société de consommation et la préoccupation écologique croissante, on assiste aussi à un besoin de trouver du sens autrement que dans l’achat compulsif.


 Un chapitre de ton livre traite d’une question très intime : la pornographie. Peux-tu nous en dire un peu plus ?

Je réalise, après coup, que ce chapitre est vraiment central parce qu’il parle à beaucoup de lecteurs. J’y évoque comment ma découverte, très jeune, de ces images pornographiques s’est transformée en une habitude, puis une addiction. Ensuite, je raconte mon cheminement progressif vers ma libération de cette dépendance, libération jalonnée de « petites » victoires. Par-là, je tente de briser le silence qui peut entourer ce sujet : tout le monde sait que ça fait des ravages, que ça touche toutes catégories sociales, mais peu de personnes ne veulent en parler.


Si je peux apporter une nuance, je trouve qu’on parle beaucoup du porno dans notre société. Mais peut-être pas dans les termes que toi tu utilises. À titre d’exemple, dans la série Friends avec laquelle j’ai grandi, on voit les protagonistes en regarder de manière très décomplexée et normalisée. Finalement, quels dangers vois-tu dans la pornographie ?

Je pense que le rapport à la pornographie a évolué depuis Friends. Dans la deuxième moitié du XXe siècle, on assiste à la libération des mœurs sexuelles et religieuses – symbolisée par mai 68. Avec l’arrivée d’Internet, les images pornographiques deviennent accessibles gratuitement et en quelques clics. Aujourd’hui, beaucoup de chercheurs s’accordent pour souligner les effets nocifs et addictifs qu’une consommation pornographique peut entraîner. Et au-delà de la dépendance que ça peut créer, c’est aussi la vision de la sexualité et notamment de la femme qui est déformée. Tout cela est accentué par le fait que les violences sexuelles et sexistes sont un enjeu politique majeur de nos jours.


 Que répondrais-tu aux personnes qui jugent au contraire que la pornographie est émancipatrice, positive ?

J’ai longtemps essayé, moi-même, de légitimer cette addiction. Mais, un jour, j’ai été frappé par cette citation de l’écrivain allemand Johann Wolfgang von Goethe :

« Nul n’est plus captif que celui qui se croit faussement libre. »

Ça m’a beaucoup interrogé. Est-ce que ce que je perçois comme une liberté n’est pas en réalité une forme de servitude ?


Quel défi lances-tu à ta génération à ce sujet ?

Plus largement, j’appelle à une forme de vigilance quant à ce que j’appellerais un phénomène de « consumérisme relationnel » : cette vision autocentrée des relations amoureuses et sexuelles, où l’on utilise l’autre uniquement pour nous apporter du plaisir, de la satisfaction. En tant que croyant, je suis interpelé par les paroles de Jésus qui m’invitent à chercher non pas mon propre intérêt, mais celui de mon prochain. C’est un grand défi, je crois, pour beaucoup de mes pairs.


Tu disais que tu as trouvé dans le Dieu de la Bible une réponse à ta recherche de sens. La Bible, Jésus, n’est-ce pas un peu dépassé, aujourd’hui ?

Mon image de la Bible a longtemps été marquée par des résistances. Je me demandais comment ces écrits qui datent de plusieurs millénaires pouvaient être encore considérés comme actuels. « Pourquoi tous ces principes moraux décontextualisés de notre réalité d’aujourd’hui ? » Seulement, en me plongeant réellement dans ce livre – ou plutôt dans cette « bibliothèque » de livres –, j’ai été surpris par la pertinence de ces écrits, par la cohérence d’ensemble et par leur caractère intemporel. Ça me parlait à moi, jeune du XXIe siècle.


Aurais-tu un exemple à donner ?

Quelque chose qui me touche particulièrement, c’est le message des évangiles : Dieu qui s’incarne dans notre humanité dans la personne de Jésus.

Il vient partager le quotidien d’hommes et de femmes comme vous et moi. Il vient lever des barrières, de fausses idées reçues.

Il donne sa vie, par amour, pour chacun d’entre nous. C’est quelque chose que je n’ai retrouvé nulle part ailleurs, dans aucune autre religion ou philosophie.


Merci Joseph pour ce rappel que l’on peut vivre n’importe quel stade de notre vie autrement, avec une vraie quête de sens que l’on peut satisfaire en Jésus !

Rédacteur

Sagesse et Mojito

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