Commandement n°5 : « Résilience, tu développeras »

Le 25 mars 2020, le président de la République française lançait la charge :

« Nous sommes en guerre et face à ce qui se profile, ce pic de l’épidémie qui est devant nous, j’ai décidé, sur proposition de la ministre des Armées et du chef d’état-major des Armées, de lancer l’opération Résilience. »[1]

La tweetosphère s’est enflammée, on a sorti le Larousse :

Résilience : Caractéristique mécanique définissant la résistance aux chocs d’un matériau. Psychologie : Aptitude d’un individu à se construire et à vivre de manière satisfaisante en dépit de circonstances traumatiques.

La résilience, c’est un peu l’histoire de la bassine à linge de ma femme. Elle servait surtout de voiture auto-tamponneuse/bobsleigh à mes quatre enfants : les trois derniers cramponnés à l’intérieur, et l’ainé dans le rôle du pousseur qui faisait valser l’engin glissant à pleine vitesse sur le carrelage fraichement astiqué au savon de Marseille. Eh bien vous le croirez si vous le voulez, mais cette bassine, elle existe encore, dix ans après ! Elle est résiliente la bassine ! Dix années de chocs et toujours la forme. La forme d’une bassine.

Opération Résilience, voilà un cri de guerre qui ne concerne pas seulement nos forces armées, mais aussi toutes celles et ceux qui montent au front, chaque jour, que ce soit à la Défense ou en télétravail.

Nous sommes en guerre contre le temps qui passe et repasse sur nos corps fatigués. Nous sommes en guerre contre le burnout ![2]

Ce cinquième commandement vient nous questionner : « Suis-je résilient ? Comment est-ce que mon corps, mon âme, ma pensée, résistent-ils aux chocs du temps ? Suis-je encore apte au combat ? »

Hélène Romano, docteur en psychopathologie, nous donne quelques pistes pour affronter l’ennemi avec franchise :

La résilience n’est pas l’oubli. Ce n’est pas un état figé, mais un processus psychique qui conduit à pouvoir surmonter des épreuves ET à avoir appris de celles-ci pour faire face en cas de nouvelles difficultés.

Ce « et » est essentiel, car il est possible de considérer qu’une personne est résiliente lorsqu’elle parvient à tenir de nouveau en cas d’épreuves en utilisant son expérience passée. La résilience ne se décrète pas.[3]

Si la résilience ne se décrète pas, alors comment développer ce « muscle psychologique » ? Romano nous éclaire :

« Les études permettent de savoir que certaines ressources sont essentielles pour faciliter le dépassement des difficultés, voire des traumatismes : une estime de soi positive, un sentiment de protection, une confiance en soi et en l’autre, un soutien positif de son entourage, l’humour, la solidarité. »[4]

Les études, c’est bien, mais comment s’y prendre pour développer la résilience si toutes ces choses (l’estime de soi, la confiance, le soutien) sont à l’arrêt ? « Docteur, je suis à sec, j’ai besoin d’un remontant pour repartir au combat. C’est par où la prescription ? »

Bénédicte Gendron, autre docteur de l’armée, nous met sur la voie. La cure se trouverait dans la sphère émotionnelle. En reprenant une étude de cas sur les soldats aides-soignants que nous célébrions tous les soirs de nos balcons, elle note :

… dans les situations professionnelles où l’on observe une surcharge de travail, un sous-effectif quasi permanent, des perturbations régulières des emplois du temps, des conflits entre membres de l’équipe, des violences verbales de la part des patients ou de leurs familles, le seuil de résilience propre à chaque soignant peut être dépassé. […] À long terme, ces soignants en situation d’épuisement peuvent arriver au burn-out, avec toutes les pathologies que cela engendre (dépression, troubles alimentaires, addictions…). […]

Pour faire face au stress, il semble donc important de travailler sur la perception qu’ont les individus des événements qu’ils rencontrent, et surtout de travailler sur leur capacité à y faire face…

C’est possible grâce à un capital émotionnel ad hoc.[5] J’allais sortir une blague avec le capitaine mais je me suis tout de suite ravisé. Résilience. Reprenons :

Se déployant à travers les expériences de vie de la personne depuis l’enfance, de manière informelle, le développement, le maintien et l’évolution de ce capital émotionnel dépendent de l’existence d’un milieu matériel, environnemental et social favorable, lié au capital social et culturel d’appartenance de la personne.

Ce capital varie donc d’une personne à l’autre ; certaines étant mieux dotées que d’autres, cela génère des différences dans la résilience au travail.[6]

Après les intelligences analytique, créative et pratique, nous voilà face à un autre type d’intelligence : l’intelligence émotionnelle (IE). La résilience (qui ne se décrète pas), se développe au travers de notre intelligence émotionnelle, qui elle-même définit notre capital émotionnel. Voilà pour la prescription. Ça vous fera 30 euros pour la consultation.

La première fois que j’ai entendu parler d’intelligence émotionnelle, c’était au Sommet Mondial du Leadership avec Daniel Goleman [7], en 2002. Un power point plus tard, j’étais sous le charme.

[8] L’intelligence émotionnelle, nous dit Goleman, allie l’intelligence intrapersonnelle à l’intelligence interpersonnelle, et comprend les cinq caractéristiques et compétences suivantes :

(1) la prise de conscience de ses sentiments, (2) la maîtrise de ses émotions, (3) la motivation personnelle, (4) l’empathie, et (5) la gestion des relations interpersonnelles.[9]

Autrement dit, dans la mesure où j’apprends à me connaitre, y compris dans ma relation aux autres, je développe mon capital émotionnel. Voilà la clé pour développer sa résilience. Dit-il.

Pour boucler la boucle avec Romano, toutes les ressources que sont une estime de soi positive, un sentiment de protection, une confiance en soi et en l’autre, un soutien positif de son entourage et l’humour et la solidarité sont cultivées dans le jardin de l’intelligence émotionnelle. Un jardin bien garni, c’est l’assurance qu’en cas de tempête, le muscle de la résilience s’active pour que la bassine à linge, pliée par la force gravitationnelle d’un virage à 90 degrés, garde toute sa forme, pour le plus grand plaisir des petits, et surtout de ma femme.

En pensant à tout ça, je me dis : Jésus était résilient. Il a aimé jusqu’au bout. Cloué sur un bois, craché au visage par les passants, ridiculisé par les religieux, il a trouvé la force de murmurer :

« Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font. » (La Bible, Luc 23.24).

En ce sens, il incarne parfaitement l’intelligence émotionnelle que Moïse avait déjà évoquée 1500 ans plus tôt lorsqu’il donna ce commandement : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même. » (La Bible, Livre du Lévitique 19.18, repris par Jésus dans l’Évangile de Marc 12.31).

Développer sa résilience, ou cultiver son jardin émotionnel, c’est un chemin qui peut aussi passer par son école : le suivre pas à pas, apprendre de lui quand je ne sais pas, muscler ma résilience dans les combats.

Harcelé moralement pendant cinq ans sur mon lieu de travail par mon N+1, Jésus m’a donné la force de le raccompagner sur le parking après qu’il s’est fait licencier pour faute professionnelle. J’ai pu prier pour lui et sa famille et lui souhaiter courage pour la suite. Je peux dire avec conviction : Jésus est mon modèle de résilience, depuis plus de vingt-ans. Il m’aide jour après jour à mener le bon combat !

[1] https://www.elysee.fr/emmanuel-macron/2020/03/25/a-mulhouse-aux-cotes-des-femmes-et-des-hommes-mobilises-en-premiere-ligne-pour-proteger-les-francais-du-covid-19
[2] Voir l’excellent podcast Sagesse et Mojito : https://www.imagodei.fr/lethique-du-burn-out/
[3] Hélène Romano, La résilience face au confinement ? Ce n’est pas si simple. https://www.lci.fr/famille/video-consultation-psy-20-la-resilience-c-est-quoi-exactement-confinement-coronavirus-2150946.html
[4] Ibid.
[5] Gendron, Bénédicte. Mindful management & capital émotionnel: L’humain au cœur d’une performance et d’une économie bienveillantes. De Boeck Superieur, 2015, p. 84.
[6] Ibid., p. 85.
[7] https://globalleadership.org/tag/daniel-goleman/
[8] Source : https://www.supinfo.com/articles/single/2084-intelligence-emotionnelle
[9] http://www.learnalberta.ca/content/inspb3f/html/pdf/appendixb6.pdf

Rédacteur

Raphaël Anzenberger

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