Sur le trajet du travail, une affiche m’appelle à « Devenir quelqu’un », une autre à savoir « Ce qui fait de vous, vous. »

Quelle est mon identité, au juste ? Qui est-ce que je suis ?

Article écrit à partir d’une chronique de l’autrice, Léa Rychen, sur Radio Omega. https://www.radioomega.fr/rub304


Ce matin, je décide de marcher en levant le nez, histoire de voir un peu ce qu’il y a autour de moi, et d’ouvrir les perspectives sur ce qu’aujourd’hui a à m’offrir.

Vous voyez quoi, là, si vous levez le nez ?

On voit parfois de nouvelles moulures sur le bâtiment d’en face, ou de nouveaux petits détails sur le carrelage, bref, autant de nouvelles petites choses desquelles on peut se réjouir.

Moi ce matin, en levant le nez, c’est une affiche que je remarque. Elle fait la promotion du ministère de l’armée en encourageant les nouvelles recrues à s’engager. Alors que je m’engage dans la rue en direction de mon bureau, je suis déjà engagée quelque part, donc a priori ça ne me concerne pas. Mais quand même, cette affiche m’interpelle. Parce que le slogan qui l’accompagne, écrit en gros caractères blancs presque fluorescents, me saute aux yeux. Selon lui, pourquoi faut-il devenir militaire ? Pour, je cite « Devenir quelqu’un. »

Devenir quelqu’un.

Je marche le nez levé vers ma journée et là je me questionne. Est-ce que ça veut dire que, tant que l’on n’est pas investi dans un grand projet, on n’est personne ?

Je poursuis ma route, toujours le nez en l’air et les yeux qui vagabondent. Et là, à peine trois mètres plus tard, c’est une autre affiche que mes yeux croisent, cette fois pour un film d’animation qui vient de sortir récemment. Je regarde les contours des personnages, tout colorés et souriants et qui contrastent avec l’obscurité matinale de la rue un peu déserte. Mais là encore, c’est un slogan blanc fluo qui m’interpelle. C’est juste une question, simple, directe, frontale. Le slogan dit :

« Qu’est-ce qui fait de vous, vous ? »

Le genre de question que tu es ravi de te poser au réveil, parce que c’est sûr que y a rien de plus simple que de définir son identité.

Je décide de lever le nez, d’ouvrir les perspectives pour aujourd’hui et tout le tralala et là, paf ! Dès le réveil il faut « Devenir quelqu’un » et savoir « Ce qui fait de vous, vous. » C’est beaucoup trop métaphysique tout ça pour commencer la journée ! Et en même temps.

Qui suis-je, ça fait des millénaires que les philosophes et les artistes et les professeurs se posent et nous posent la question.

Moi j’ai seulement trois décennies de vie à mon actif et j’ai l’impression de me l’être posée au moins 3 millions de milliards de fois. Non mais sérieux ? A même pas huit heures du matin, dans les rues pavées noires et humides un peu à l’image de mon cerveau, je me trouve bombardée par LA question existentielle numéro 1. Et là je me sens un peu paralysée ; la faute à l’armée et la faute à Disney.

Savoir qui je suis, du verbe être.

Comment est-ce que je me définis, en fait ?

Par mon sexe, mon âge, ma famille, mon appartenance ethnique, ou religieuse ? Par mon métier ? De par la réalité de la vie et de plus en plus dans notre société, ces choses sont plutôt instables. C’est pas par vous faire peur, hein. La faute à l’armée et la faute à Disney, aujourd’hui je me pose la question de bon matin : c’est quoi, l’essence de ma personne ? Quoi qu’on en pense, je me dis que, ben, cette essence a intérêt à être solide si je veux être assurée dans mon identité, et pas me laisser remettre en question à chaque fois que j’ai le nez levé et les yeux qui rencontrent un slogan existentiel.

Mais savoir qui je suis, c’est aussi du verbe suivre. Et là je repense à Jésus qui avait des disciples qui le suivaient et qui avaient confiance parce qu’ils disaient :

« Tu as les paroles de la vie éternelle,
Vers quel autre irions-nous que toi ? » [1]

Les paroles de la vie éternelle, ça c’est du solide ! Plus qu’une vocation professionnelle, plus qu’une ambition personnelle, plus que toutes les petites choses du quotidien auxquelles on s’accroche.

Alors aujourd’hui, je décide de continuer à marcher en levant le nez, pour regarder vers la personne que je veux suivre afin d’être la personne que je veux être.

Si je sais qui je suis alors je sais qui je suis. Vous me suivez ?

Et vous, si vous levez le nez, qui est-ce que vous suivez ?

[1] La Bible, Evangile de Jean, chapitre 6, verset 68.


Crédits photo : Hermann Wittekopf – kmkbs sur Unsplash

Léa Rychen

Rédacteur

Léa Rychen

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