Homme ? Femme ? Autre ? Réflexions sur le genre (3/3)

Qu’est-ce qu’un homme, un vrai homme ? Qu’est-ce qu’une femme, une vraie femme ?

Il existe de multiples réponses à ces questions. Dans les deux articles précédents, nous avons abordé le genre au niveau individuel. À cette échelle individuelle, l’on pourrait considérer le genre, et plus précisément l’identité de genre, comme étant la réponse psychologique au sexe biologique. Cependant, à l’échelle de la société, le genre se définit d’une tout autre manière…

Diplômée de sociologie, la rédactrice de la série Qui suis-je ? livre ici son analyse des questions liées au genre.

Voir le premier article


Le sexe social

La sociologie est une science qui étudie la société. Elle se consacre à l’analyse des faits sociaux et des représentations sociales sur lesquelles la société se construit et évolue. Dans une dimension plus générique qu’individuelle, en sociologie, on aborde la question du genre d’une manière particulière. Du point de vue de cette discipline :

Le sexe désigne le sexe biologique tandis que le genre désigne le sexe social.

Pour comprendre cette distinction sociologique et ce que signifie le sexe social, il faut remonter dans le temps. La distinction sexe biologique/sexe social émane des nombreuses études qui ont été faites sur le fonctionnement de différents groupes sociaux. Elles ont permis de mettre en exergue qu’il existe toute une construction sociale autour du sexe biologique, que l’on considère pourtant comme inhérente au sexe biologique et « allant de soi ».  La genèse de la mise en lumière de ce phénomène est à trouver dans les travaux d’anthropologues américains comme Margaret Mead dès les années 40.

Ces anthropologues ont notamment étudié et comparé les normes de comportements liées aux sexes et les modalités de la division sexuelle du travail de différents peuples géographiquement proches et éloignés.

Ils ont pu montrer ainsi que des comportements considérés comme typiquement masculins dans une civilisation s’avéraient être considérés comme typiquement féminins dans une autre, tandis que ces mêmes comportements n’étaient pas rattachés à une appartenance sexuée quelconque dans d’autres groupes.

Aussi ont-ils mis en lumière que certains comportements sont bel et bien sujets à des interprétations qui sont relatives, et qui ne sont donc pas liées au sexe biologique, mâle ou femelle. Ces interprétations dépendent du contexte social, culturel et idéologique de l’endroit où l’on se trouve, mais aussi de l’époque.

En somme, ils ont montré qu’une société donnée envisage une relation automatique et linéaire entre le sexe biologique et les comportements sociaux, considérant ces comportements comme intrinsèques à l’identité sexuée mâle ou femelle.

La notion du genre au niveau sociétal fait référence à l’ensemble de ces comportements socialement considérés comme inhérents au sexe biologique, mâle ou femelle. Autrement dit, le genre fait référence à la construction sociale et culturelle du féminin et du masculin. En ce sens, le genre est la réponse sociale au sexe biologique.

Qu’est-ce qu’être femme ? Qu’est-ce qu’être homme ?

Lorsqu’on dit à quelqu’un : « Soit un homme ! » ou qu’il se dit à lui-même avant d’entreprendre quelque chose de difficile : « Alors tu es un homme ou tu n’es pas un homme ! », vous conviendrez bien que les concernés ne font nullement allusion en réalité au fait d’avoir un appareil reproducteur mâle, un chromosome XY, etc.

Non, ce qu’ils disent en réalité c’est : « soit courageux ! » et « Alors tu es courageux ou tu ne l’es pas ! », parce que dans leurs esprits : homme = courageux. Cet attribut est socialement attribué aux hommes de fait, juste parce qu’ils sont hommes. De même, parce qu’ils considèrent cet attribut, consciemment ou pas, comme provenant de la nature même de l’homme, il n’est donc pas concevable d’envisager autre chose de leur part que des comportements conformes à cette construction sociale du masculin.

Dans la société occidentale contemporaine, un exemple simple de la classification des attributs dits féminins et ceux dits masculins pourrait se présenter comme suit :

Femme Homme
Caractéristiques désirables Caractéristiques indésirables Caractéristiques désirables Caractéristiques indésirables
Compatissante Timide/réservée Clairvoyant Égocentrique/ égoïste
Tendre de cœur Douce Plein de ressources (débrouillard/ingénieux) Vindicatif
Affectueuse/aimante Passive Ambitieux Indifférent
Sensible Soumise Fort/coriace Fanfaron/ frimeur/vantard
Expressive/démonstrative Modeste/pudique

/chaste/sage

Pragmatique/ « homme d’action » Rustre (grossier/brutal)
Pacifique Capricieuse Actif Agressif
Tolérante Fragile Courageux Dur de cœur

On comprend donc aisément comment, de ces interprétations essentialistes vont donc découler une multitude de rôles, fonctions, pratiques, etc. genrées qui touchent tous les domaines de la vie. La femme « naturellement » sensible et affectueuse s’adonnera au métier du soin et du social par exemple, pour ne citer que la sphère professionnelle. Comme si un homme était incapable de faire preuve de sensibilité et d’affection tout autant qu’une femme, voire plus qu’une femme !

Tout au long de notre vie, nous sommes éduqués et influencés par les représentations sociales du féminin et du masculin adoptées par nos familles et la société dans laquelle nous grandissons. 

Ainsi, le genre social nous fait entrer dans une tout autre dimension. Il se détache de ce que l’on voit à l’œil nu. Il se détache du sexe biologique ou juridique. Il nous met face aux représentations du féminin et du masculin présentes dans la société où nous évoluons. Bien plus, il nous met face à nos propres représentations du féminin et du masculin.

Pour vous : qu’est-ce qu’être une femme ? Qu’est-ce qu’être un homme ?

C’est là une question essentielle, car de la représentation du genre masculin et féminin que l’on a, dépendront les attentes que nous aurons vis-à-vis de nous-mêmes, mais aussi ce que nous attendons des autres en fonction de leur sexe.

Attentes, exigences, et normes genrées sont autant de poids qui pèsent sur les individus et qui les oppressent : le poids des constructions sociales. Ces modèles sociaux du féminin et du masculin peuvent être à l’origine du sentiment de ne pas correspondre à son sexe biologique. En effet, certaines personnes souffrant de dysphorie de genre ne sont en réalité probablement pas en adéquation avec les carcans genrés dans lesquels leur société veut les enfermer. (Comme, par exemple, le fait qu’une femme se doit d’être réservée, douce et soumise et un homme exubérant, fort et dominant.) Ces personnes ont le sentiment de ne pas correspondre à leur sexe biologique, alors qu’elles ne correspondent tout simplement pas au stéréotype de genre présent dans la société dans laquelle elles évoluent.

C’est dans le même ordre d’idée que le Dr Preston Sprinkle, bibliste, co-fondateur et président du Center for Faith, Sexuality & Gender, constate que de nombreuses personnes qui se qualifient aujourd’hui comme « non-binaire », c’est à dire comme n’étant ni strictement femme ou homme, cherchent à signifier par cela leur rejet des stéréotypes de genre. Mais encore faut-il réaliser que ces stéréotypes de genre, ces constructions sociales du féminin et du masculin ne sont pas des caractéristiques innées que doit posséder tout individu de sexe biologique, mâle ou femelle…

Du rejet du genre au rejet du sexe biologique, il peut n’y avoir qu’un pas lorsque l’on ne distingue point ce qui est inné et ce qui est construction sociale.

Autrement dit, du rejet de l’ensemble des constructions sociales du féminin et du masculin au rejet de son sexe biologique, il peut n’y avoir qu’un pas lorsque l’on n’a pas conscience qu’il existe une construction sociale autour du sexe biologique mâle et femelle, qui n’a rien à voir avec le fait d’être vraiment un homme ou une femme…et qu’une prise de distance critique à l’égard de la construction du genre social peut être salutaire. 

Quelles sont vos représentations du féminin et du masculin ? Existe-t-il un modèle universel et atemporel de ce qu’être un homme et une femme ? 

Une autre perspective…

Le bibliste Preston Sprinkle, dans l’une de ces interviews sur la question du genre, souligne un point important :

« [La Bible a] une vision plus large de ce que signifie vivre nos identités masculine et féminine ». 

À ce sujet, Preston prend l’exemple du roi David : courageux guerrier qui coupa la tête de Goliath, un ennemi qui terrorisait et menaçait son peuple, il faisait preuve également d’une grande sensibilité et écrivait des poèmes où il épanchait ses sentiments. Il prend encore l’exemple de femmes telles que Déborah qui occupait une position de leader spirituel  Yaël, une simple femme du peuple qui tua avec sang-froid à l’aide d’un pieu le général en chef de l’armée ennemie et permit que le pays d’Israël connaisse la paix pendant 40 ans.

Ainsi, il n’existe pas une manière figée de vivre son identité sexuée. 

Il existe bien des personnages et des récits bibliques qui permettent d’explorer la dynamique de vie de l’identité sexuée à laquelle la foi chrétienne nous invite. Nous invitons le lecteur à entreprendre cette enquête…

Voir le deuxième article

En conclusion

La Bible laisse voir dans ses récits et ses enseignements, qu’il est possible de vivre pleinement son identité sexuée telle que désignée par son sexe biologique, sans pour autant correspondre forcément aux critères et stéréotypes de genre de la société dans laquelle on vit.

Et vous, qu’en pensez-vous ?

 

Noela Ezoua

Rédacteur

Noela Ezoua

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Yoan Michel

Contributeur

Yoan Michel

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