Olivier Giroud : « Croire, coûte que coûte »

À 34 ans, Olivier Giroud vient de publier son autobiographie Toujours y croire. Et ce, tout juste un an après la sortie du magazine Jésus ! dont il faisait la une. L’un de ses proches, Joël Thibault, nous propose ici de rencontrer ce footballeur accompli, qui ne cache plus à personne sa foi inébranlable.


Ta centième sélection en bleu est arrivée juste après la sortie de ton livre. Cela aurait pu faire un chapitre de plus ! Peux-tu nous offrir en exclusivité ce chapitre ?

Oui, ma centième sélection avec l’équipe de France (EDF) est arrivée après la sortie de mon livre, à cause de la COVID. J’ai beaucoup prié pour que cette sélection soit « réussie ». Je demandais à Dieu de faire en sorte que tout se passe bien et que je puisse faire abstraction de l’événement !

Je dis événement, car beaucoup de choses étaient réunies pour que cette soirée soit forte en émotions !

Rentrer dans le cercle fermé des centenaires (8 joueurs français), avoir le brassard de capitaine pour ce match, avoir la possibilité de dépasser Michel Platini au classement des buteurs de l’histoire de l’EDF, une éventuelle célébration en cas de but pour fêter l’arrivée de mon 4e enfant (Aria est née après sa 104e sélection) et enfin jouer ce match spécial sous les yeux de mon joueur préféré quand j’étais ado : Andrei Shevchenko. Ça faisait beaucoup  ! J’ai demandé à Dieu de pouvoir profiter à fond et savourer chaque instant sans être inhibé par le contexte et c’est ce qu’il s’est passé, avec en plus un doublé à la clef ! Ce scénario rêvé a compensé le fait qu’il n’y ait pas eu de public ou la présence de mes proches ce soir-là… La « fête », dans mon cœur, était bien là ! Et c’est bien là l’essentiel.


Y a-t-il un autre moment avec la sélection française que tu vois comme un tournant ?

Il y a ce but contre les Pays-Bas (le 9 septembre 2018) qui me fait un bien fou oui ! J’allais être remplacé, je n’avais pas marqué ; il y avait beaucoup de tensions. Je n’avais pas marqué pendant la Coupe du Monde. Surtout qu’après le match, on a la célébration du titre de champion du monde devant le public du stade de France. Nous sommes mis à l’honneur tour à tour à notre entrée sur la pelouse grâce à une superbe mise en scène. J’avais à cœur de marquer ce soir-là et j’avais prié fort pour que Dieu m’aide ! Sur un centre je marque d’une belle volée plein de rage et de détermination alors que le défenseur est à deux pieds de me contrer – rires –, ça finit au fond des filets et je ressens un énorme soulagement et une immense joie. À ce moment précis, mon cœur se remplit de reconnaissance envers Dieu !


Pries-tu pour autre chose que le football ?

Oui bien sûr, je ne prie pas que pour marquer des buts ! La prière fait partie intégrante de ma vie sous plusieurs aspects. Il m’est arrivé de beaucoup prier lorsque je voulais quitter mon club alors que ce n’était pas le moment. Dieu avait un autre plan pour moi. Et la prière m’a aidé à suivre son chemin… Il ne faut pas l’oublier : mes choix impliquent ma famille. Je prie pour que Dieu la protège, mais aussi mes proches et pour ceux qui souffrent et qui ont besoin d’une main tendue vers eux.

Je prie souvent, car je suis reconnaissant de la vie que Dieu m’a offerte et du don qu’il m’a donné, sans oublier cette force mentale que je puise en lui !

J’ai aussi appris à prier pour les chrétiens persécutés.


Justement, c’est la deuxième année que tu participes à un gala de charité en faveur des chrétiens persécutés. Pourquoi un tel engagement de ta part ?

Grâce à ma notoriété, je peux être une voix pour les sans voix !

La persécution des chrétiens, à travers les actions présentées lors de ce gala, me fait froid dans le dos. J’ai été bouleversé par quelques témoignages, parmi ceux des 260 millions de chrétiens persécutés dans le monde. C’est inacceptable, il faut en parler ! Nous qui sommes dans un certain confort devons penser à ceux qui souffrent énormément. C’est pour cela que j’apporte mon soutien à différentes ONG pour leur magnifique travail sur le terrain. Par exemple, j’ai décidé d’offrir à certaines d’elles plusieurs maillots aux enchères, dont celui de ma centième sélection avec la France.


Dans ton autobiographie, on voit que tu as été vigilant avec ton épouse Jen – à faire attention à être bien entouré sur le plan sportif – car ton statut peut attirer des gens, des agents, mal intentionnés. Ne crains-tu pas la même chose sur le plan spirituel, religieux ?

Mon socle familial et mon entourage sont une force et grâce à cette force j’ai toujours été vigilant quant aux personnes « intéressées ». Je reçois énormément de sollicitations. Je ne peux pas donner une suite favorable à toutes les sollicitations. Mais je prends le temps de répondre par moi-même ou par mon entourage. Je privilégie celles qui auront le meilleur impact quant à l’expression publique de ma foi.

Après il y a eu l’aspect de ma croissance spirituelle, personnelle.

On a tendance à prier davantage quand ça va mal et c’est aussi pour cela que j’ai eu besoin d’être accompagné par un « coach » spirituel, afin de mieux comprendre la Bible, avoir des réponses à certaines questions et mieux découvrir la vie de Jésus.

Pour cela, j’ai fait confiance à Dieu pour qu’il me guide vers les bonnes personnes. C’est comme ça qu’à travers notre rencontre, tu m’as présenté Jean-Luc, qui est devenu mon pasteur à Londres. Il m’encourage et m’accompagne aussi dans ma soif d’une meilleure compréhension des textes bibliques.


Lors de tes prises de parole, tu parles régulièrement du rôle de ta maman, et peu de celui de ton père. Pourtant, on t’a vu ému aux larmes lorsque celui-ci a témoigné dans l’émission Téléfoot, spéciale 100e. Quel est le conseil le plus précieux qu’il t’ait donné ?

Mon père insiste sur le fait qu’il faut veiller sur sa famille et qu’il faut faire confiance à Dieu. Je pense que ma foi à toute épreuve le conforte dans la sienne et nous a rapproché aussi ces dernières années. Non pas qu’il y avait une distance entre nous ! Je pense qu’il ressent mon apaisement et ma confiance en Dieu.


Dans ton livre, tu évoque une phase de décompression, d’usure mentale, après la Coupe du monde. Est-ce que, dans ces moments, c’était plus dur de prendre du temps pour prier, méditer ?

Durant cette phase, après un tel événement, on se sent en effet fatigué émotionnellement et l’on a tendance à être rapidement nostalgique de ces moments extraordinaires, car intenses en émotions.

J’ai essayé de savourer ce titre un maximum avec mes proches, car les obligations professionnelles n’attendaient pas… J’ai beaucoup remercié Dieu pour cette grâce qu’il m’a accordée : celle de devenir champion du monde. Après le mondial, j’ai commencé à étudier le livre de méditation quotidienne Les Psaumes de Jésus, de l’auteur américain Timothy Keller.


Tu le cites très régulièrement : Jésus de Nazareth. Quelle influence a-t-il eu sur ta vie ?

La vie de Jésus et son amour inconditionnel pour nous, ses enfants, m’a permis au fil des années de penser différemment quant aux épreuves de la vie. J’essaie de ne pas porter de jugements trop durs et trop vites. Les valeurs de compassion, de solidarité et de générosité que l’on retrouve dans la Bible me permettent d’être réconfortant, quand j’en ai l’occasion. J’ai ainsi développé une force de caractère aujourd’hui qui m’a apporté plus de sagesse et de sérénité pour relativiser les événements de la vie de tous les jours. Il y a un verset de la Bible que je médite souvent dans ces moments :

« C’est dans le calme et la confiance que sera votre force. »


Au fil des pages de Toujours y croire, tu parles aussi beaucoup du rôle de ton épouse, Jen. Comment arrives-tu à remplir ton rôle de mari et de père, avec un planning si chargé ? Quel est ton « secret » ?

Je suis reconnaissant envers mon épouse ! Je lui dois beaucoup dans mon équilibre de vie. J’aime me retrouver avec Jen en tête à tête lors d’une balade en ville, un petit déjeuner après avoir déposé les enfants à l’école ou un restaurant le soir. Ce sont des moments importants de notre vie de couple. Un couple, ça s’entretient comme on dit 😉 D’ailleurs, on essaye de se faire des vacances « express » l’été en amoureux pendant 3, 4 jours.

J’essaye d’être un papa disponible et présent au maximum. J’aime jouer avec mes enfants, leur lire des histoires, leur donner le bain ou encore les amener à l’école ponctuellement. Je fais faire les devoirs des fois aussi à ma fille, même si c’est Jen qui veille à tout cela au quotidien. Je n’ai pas de secret. J’essaye juste d’être un papa présent, car je sais combien ils grandissent vite ! J’inculque à mes enfants les mêmes valeurs que m’ont transmises mes parents : travail, respect, humilité. Puis, ma fille de 7 ans commence à découvrir la vie de Jésus avec l’application la Bible pour enfants aussi.

Je suis une personne médiatisée, mais je me considère comme une personne simple et « normale ».

Je suis quelqu’un de bienveillant envers mes proches et mon prochain, généreux, je pense, et disponible.


Après le confinement, tu as explosé en termes de statistiques sportives. Comment l’expliques-tu ?

Cette COVID m’a fait prendre conscience que nous étions si « petits », nous, êtres humains. Et qu’il fallait prendre soin de notre planète, de nos familles et des choses essentielles de la vie.

J’ai aussi beaucoup grandi dans ma foi et dans mon amour pour Dieu ! Après ce « lock down », j’étais revigoré intérieurement et prêt physiquement à bien finir la saison notamment grâce à une préparation athlétique sur le vélo de course sur route ! J’en profite pour remercier à nouveau mes copains de Londres, pour ces superbes sorties vélos qui m’ont permis de bosser dur pour être prêt pour la reprise du championnat.


Appréhendes-tu le jour où ta carrière de joueur s’arrêtera ? Crains-tu de faire l’année de trop, par peur du vide ?

J’appréhende un peu la fin de ma carrière oui, car je sais que le football en lui-même et tout ce qu’il comporte quand on est joueur me manquera. L’adrénaline de la compétition, la pression, l’ambiance des vestiaires ou encore la joie indescriptible de marquer des buts !

Je pense que Dieu me guidera avec lucidité pour ne pas faire « l’année de trop ». J’ai confiance et je ne m’inquiète pas du lendemain, car je sais que Dieu a un plan pour moi ! Le football est ma passion depuis tout petit, c’est pourquoi je pense faire un métier en relation avec ce sport qui m’a procuré tant d’émotions à moi et aux miens.


Quels conseils donnerais-tu à nos lecteurs ?

Je leur recommanderais de ne jamais rien lâcher dans la vie et de chercher qui est Christ, car ils découvriront beaucoup d’enseignements qui les aideront à donner un sens à leur vie.

De persévérer dans leur soif, leur quête d’en apprendre un peu plus tous les jours ! Et de toujours y croire, car en Christ nous sommes plus que vainqueurs ! 🙂


Depuis notre interview, Olivier Giroud, deuxième meilleur buteur de l’histoire de l’équipe de France, ne pointe plus qu’à sept buts de Thierry Henry. Il compte 104 sélections avec l’équipe de France, pour 44 buts. Olivier est papa de quatre enfants. Aria est née deux jours après son doublé contre la Suède. Un beau cadeau de bienvenue !

Une interview proposée en partenariat avec plusquesportifs.org

Rédacteur

Joël Thibault

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