Te promettre sans me compromettre

Un magnifique poème de Thierry Lemoine présenté lors de l’exposition « Aporia : Face à l’insoluble ».


« Je voudrais te promettre et juste après oublier ma promesse. Promettre quand on est seul, c’est déjà vain, alors promettre à deux, se com-promettre donc, ça serait bien vilain ! Je voudrais te promettre surtout de tout nous permettre. Je voudrais te promettre d’oublier et juste après oublier ma promesse. Et si quelqu’un cherche à s’en souvenir, moi je serai déjà parti, prêt à survenir dans un ailleurs qui n’existe pas encore. Saurai-je seulement où serai-je un peu plus tard ? »

Je voudrais aller à gauche avec droiture et pour de vrai prendre à droite un peu gauchement. Je voudrais aller à droite et me retrouver à gauche, croire un instant m’être trompé et me retourner alors, et voir que la gauche juste avant est devenu la droite de maintenant, qu’ils ne cessent de bouger ces deux-là, qu’ils tournent sur eux-mêmes et n’existent pas en dehors de l’homme que je suis et qui dresse une droite autour duquel ils jouent à cache-cache. À quoi bon alors vouloir me donner un cap, quand le soleil luimême se lève d’un côté et se couche à l’opposé ?

Je voudrai rire. Oh oui, intensément rire ! Et puis pleurer. Non, pas « et puis » d’ailleurs, car je voudrai les rassembler ces deux-là, vivre les contraires en unique temps, tout croquer, savourer, danser de même intensité. Je voudrai pleurer de soleil et rire de pluie, je voudrais des arcs-en-ciel et ne pas les retenir, je voudrais glisser sur eux comme sur le toboggan du jour, savoir juste d’où je pars et tout accueillir après.

Je voudrais descendre vers le ciel et m’élever dans la terre, je voudrais vivre les oxymores et la plénitude de leur vide.

Thierry Lemoine

Rédacteur

Thierry Lemoine

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