L’homme, condamné à être libre ?

« L’homme est condamné à être libre », c’est ce que disait le philosophe Jean-Paul Sartre. (1) Selon lui, l’homme a toute la liberté de choisir l’homme qu’il veut être ! Rien n’est prédéfini. À lui seul de faire ses choix pour ce qu’il veut devenir, ce qu’il veut faire, ce qu’il veut vivre, ce qu’il veut être : « L’existence précède l’essence ». (2)

Sartre affirme alors que la liberté fait partie de l’homme, qu’elle dresse les contours de son identité.

Mais qu’est-ce que signifie réellement « être libre » ?

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La quête de liberté

Faire du vélo dans Paris, le long des quais, près des immeubles haussmanniens, cheveux au vent, tout en chantonnant du Coldplay… c’est un peu comme ça que, moi, je me sens libre ! Un ressenti que je chéris particulièrement, et que je ne cesse de provoquer en m’efforçant de laisser de côté les trajets en métros, pour me réfugier aux jolies balades en vélo.

Parce que dans le métro parisien, je me sens comme emprisonnée par la chaleur humaine angoissante de l’espace renfermé que constituent les wagons, loin de l’air du dehors et de toute lumière naturelle.

En vélo, le contact avec la nature me rappelle un peu plus ce doux esprit d’évasion parfumée de liberté ! Et puis, j’ai le choix. Le choix de mon chemin, d’aller vite, de ralentir, de sentir la vitesse au gré du vent, ou de simplement prendre le temps d’admirer le paysage urbain qu’offre la capitale… En vélo, je me sens vivre, je me sens libre !!!

La liberté !

La liberté d’expression, la liberté de pensée, la liberté de conscience, la liberté financière… Liberté, égalité, fraternité. Même la société affectionne la liberté ! Certains disent même que tout être humain a ce désir fondamental d’être libre. (3) D’autres iraient même plus loin en affirmant que « c’est de la nature humaine de vouloir être libre » (merci Wikipédia (4) !). Sommes-nous sans cesse en quête de liberté ?

Peut-être ne supportons-nous pas d’être aliénés ? D’être emprisonnés dans des contraintes ? Je veux faire mes propres choix, me sentir vivre par moi-même sans que l’on m’impose quelque chose. Ne dépendre de rien ni de personne. En un sens, être mon propre maître !

Une liberté éphémère ?

Mais, il y a un mais. Ça m’arrive parfois d’être en retard au travail… Et là, je ne me permets pas de prendre le vélo, estimant que le métro est (légèrement) plus efficace que ma capacité à pédaler dans Paris. J’aime prendre le temps. Mais ici, je n’en ai pas ! Et ça m’énerve ! Ça m’énerve de devoir renoncer au vélo pour atterrir dans le métro. Je vois alors ce sentiment de liberté s’évaporer peu à peu. Un sentiment finalement bien éphémère. 

Ai-je déjà perdu ma liberté ? Suis-je devenue, le temps d’un instant, esclave de ma mauvaise gestion du temps pour me rendre au travail ? De ma mauvaise organisation m’empêchant d’avoir suffisamment de temps pour prendre le vélo ?

Je dramatise un peu avec cette histoire de vélo, certes. Mais qu’en est-il lorsque je pousse un peu plus loin ce raisonnement ?

Par exemple, lorsque j’entame enfin la carrière de mes rêves, libre de faire ce que je veux de ma vie professionnellement, mais que je ne pense plus que par ce boulot, délaissant ainsi ma santé physique, ma santé émotionnelle ou mes relations. Mon travail semble alors dicter mes faits, mes gestes, ma santé, ma vie. Suis-je prisonnière de mon travail ?

Ou lorsque j’ai enfin acheté le téléphone que je voulais, libre de parler à qui je veux, quand je veux, où je veux, mais que ce petit objet a pris tellement de place dans mon quotidien que j’en deviendrai presque addicte. Suis-je prisonnière de mon téléphone ?

Ou lorsque je me sens libre de partager mes plus belles photos sur Instagram, mais que l’objectif d’atteindre des centaines de likes sur chacun des posts est devenu une obsession… Suis-je prisonnière des réseaux sociaux ?

Prisonnière du succès ? Prisonnière du regard des autres ? Prisonnière de la peur de ne pas être aimée ? Prisonnière de la peur d’être seule ? La liste peut être longue de toutes ces prisons existantes.

Or, si ma liberté dépend de circonstances, comme avoir le job de mes rêves ou d’être « hyper connectée » via mon téléphone, ces choses étant périssables, je n’ai aucune garantie que je pourrais conserver cette liberté toute ma vie. Dès l’instant où je perds une de ces choses, ma liberté est entravée.

Alors suis-je condamnée à vivre toute ma vie avec ces prisons, essayant désespérément de devenir réellement libre ? Mais, ai-je vraiment saisi ce qu’est la liberté ? La vraie liberté.

La vraie liberté ?

« Du moment où tu as besoin de quelque chose d’extérieur pour te sentir libre ; si on t’enlève ces choses-là, tu ne l’es plus parce que tu en dépends. (…) La liberté c’est plus que de faire ce que je veux faire quand je veux le faire. La liberté, c’est un état d’être. Tu es libre. »

Pasteur de la jeunesse de l’église Nouvelle Vie, Hugo Gerbore (5)

Alors comment puis-je devenir libre ? Me faut-il donc m’appuyer sur quelque chose de pérenne, voire d’éternelle, pour m’assurer d’être réellement libre ?

Si aucune circonstance extérieure ne peut me procurer la liberté, ai-je donc besoin de quelque chose d’intérieure ?

« (…) vous serez réellement libres. »

La Bible, Jean chapitre 8 verset 36

Ah bon ? La Bible aussi parle de liberté ? Un certain Jésus-Christ parle de liberté ? Prônerait-il la liberté ?

Si je continue de lire le passage de Jean 8, j’observe que ce Jésus affirmerait rendre « réellement libre » toute personne étant esclave du péché. C’est-à-dire toute personne étant emprisonnée dans les murs de la peur, la peur du regard des autres, de l’échec, de la solitude, de ne pas être assez, de ne pas être aimé…

Ce qui me semble intéressant dans ce discours de liberté, c’est que la liberté dont il est question ici, n’est pas une liberté dépendante de choses extérieures. Il s’agirait plutôt d’une liberté intérieure. Une liberté de l’esprit. Une liberté spirituelle et éternelle que dépeint la Bible.

Est-il vraiment possible de vivre une telle liberté ? Et ce, qu’importe si je n’ai pas atteint ma carrière idéale, ou que je sois contrainte de me rendre en métro au travail. Car j’ai bien peur que tout cela — obtenir le job de mes rêves ou partir en escapade à vélo — ne soit pas réellement suffisant pour goûter à la vraie liberté, celle intérieure. 

Décidé de ce que je veux être, quand je veux et où je veux. Pourquoi pas ? Mais je veux plus. M’est-il possible d’être réellement libre intérieurement ?

« La liberté que Jésus donne, étant donné qu’elle ne dépend pas des circonstances extérieures, qu’elle est intérieure, aucune personne ni rien ne peut t’enlever ce que Jésus te donne, parce que c’est intérieur. »

Pasteur de la jeunesse de l’église Nouvelle Vie, Hugo Gerbore (6)


(1) Jean-Paul Sartre, L’être et le néant : essai d’ontologie phénoménologique, Paris, Gallimard, 1943.

(2)  Jean-Paul Sartre, L’existentialisme est un humanisme, Paris, Nagel, 1946.

(3) Texte original : « (…) all people have a fundamental desire to be free. », Mary Jordan et Kevin Sullivan, « Mexican Jailbirds Get to Fly for Free », The Washington Post,‎ 15 novembre 2002, https://www.washingtonpost.com/archive/politics/2002/11/15/mexican-jailbirds-get-to-fly-for-free/c06edac3-fa9c-4c7f-a955-290656451b06/, consulté le 15 septembre 2022.

(4) https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89vasion#cite_note-5, consulté le 15 septembre 2022.

(5) Post instagram « Ma religion ? La liberté » de l’église Nouvelle Vie, 3 septembre 2020, https://www.instagram.com/tv/CErjTohjBa2/, consulté le 15 septembre 2022.

(6) Ibid.

Prisca Raoilison

Rédacteur

Prisca Raoilison

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