Comment vivre dans un monde qui s’effondre ?

Une épidémie liée à la proximité entre les humains et les espèces sauvages[1], des méga-feux en Australie ou en Californie, des bateaux qui naviguent là où se tenait la banquise[2], le monde d’aujourd’hui ne ressemble plus à celui d’il y a 10 ou 20 ans, et il n’y ressemblera plus jamais.


C’est ainsi qu’est présenté l’état actuel du monde par les « collapsologues », ces scientifiques, ingénieurs ou politiques qui annoncent la fin d’un monde avec un ton parfois péremptoire, et souvent fataliste.

Comment faire face à cette nouvelle réalité sans sombrer dans la dépression, comme c’est le cas chez certains écologistes[3], ni tomber dans le déni ?

Si le monde s’effondre et que l’on ne peut rien y faire, alors à quoi bon se battre ?

Comment peut-on vivre aujourd’hui en sachant que demain sera pire ?

Dans la foule de bavardages et débats écologiques, il est souvent difficile de pouvoir comprendre ce sur quoi la majorité des scientifiques spécialisés sur le climat et l’environnement s’accordent. En réalité, il est assez simple de trouver des constats clairs sur la crise écologique. Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, le GIEC, est un organe de l’ONU dont l’objectif est de synthétiser tout ce qui fait consensus à propos du changement climatique. Il publie donc des rapports qui ne sont pas d’énièmes études scientifiques, mais qui sont des résumés de toutes les recherches scientifiques publiées sur le sujet du climat. Les conclusions du GIEC font l’objet d’une vulgarisation très accessible[4].

Une des conclusions est que l’activité humaine génère des gaz à effet de serre. Ils proviennent notamment de la combustion de matières fossiles (pétrole, charbon) et des impacts de l’agriculture (en particulier les pets des vaches). L’émission de gaz à effet de serre s’est accentuée de manière exponentielle depuis les deux derniers siècles, toujours à cause de l’augmentation de l’activité humaine[5]. Ces gaz, comme par exemple le dioxyde de carbone, produisent, comme leur nom l’indique un « effet de serre ». C’est-à-dire qu’ils accentuent le réchauffement de l’atmosphère généré par les rayons du soleil. L’activité humaine est donc la principale responsable du réchauffement climatique.

La Terre se réchauffe, et se réchauffe à une vitesse trop rapide pour que la nature, et nous dedans, s’y adapte sans trop de dommages.

Le GIEC affirme que la température moyenne à la surface du sol a déjà augmenté de 1°C environ (entre 0,8 et 1,2°C) depuis l’ère préindustrielle et aujourd’hui, et qu’elle aura augmenté de 1,5°C d’ici 2032-2050 (soit dans 12 à 30 ans)[6]. Cela a comme conséquence l’augmentation des pics de chaleur, des inondations et des sècheresses. Les récoltes agricoles vont diminuer, l’eau douce va se raréfier et les pressions sur l’habitat se multiplier.

Croire que ces constats scientifiques sont vrais, malgré la rigueur de la science, n’est pas facile. Plusieurs réactions sont possibles. Nous pouvons ne pas y croire, y faire la sourde oreille. Ces affirmations provoquent en nous un vrai deuil de notre mode de vie actuel, et nous plonge dans des perspectives de chaos qui sont insupportables. Alors nous nions les faits, souvent en choisissant inconsciemment de ne plus y penser, et continuer notre vie comme si de rien n’était.

Nous pouvons aussi nous mobiliser et essayer de changer les choses. Nous nous engageons alors dans une cause écologique, ou sociale, nous changeons notre manière de consommer, nous valorisons des systèmes alternatifs de société. Cette réaction peut aussi être une forme de déni (se concentrer sur une petite solution pour oublier le grand problème). Elle conduit surtout à constater un jour ou l’autre l’insuffisance des innovations sociales, technologiques ou des combats politiques pour résoudre le problème.

Résoudre le problème. Quel est le problème exactement ?

Que les entreprises soient trop gourmandes en profit pour ne pas hésiter à détruire les ressources naturelles ? Que les politiques cherchent à servir leurs intérêts, au détriment de l’intérêt général ? Que le système soit aux mains de privilégiés fortunés qui seront dans tous les cas à l’abri ? Peut-être oublions-nous, lorsque nous nous focalisons sur les failles du système, de regarder le problème de manière individuelle. Que celui qui n’a jamais oublié de trier ses déchets jette le premier la pierre aux pouvoirs publics qui n’en font pas assez pour l’environnement. Que celui qui n’a jamais hésité à partager son salaire à une association caritative jette le premier la pierre aux entreprises qui s’accaparent les richesses. Lorsque nous regardons à nos sentiments profonds, à nos réflexes de pensée, en un mot lorsque nous regardons à notre cœur, nous y voyons beaucoup d’égoïsme, de paresse, de peur de manquer, d’indifférence. Le problème écologique trouve sa source dans notre propre nature.

Bien plus, l’immensité de la crise nous empêche de nous sauver par nos propres moyens. Jamais nous ne pourrons rattraper l’humanité de son pêché écologique. Aucune de nos actions ne pourra nous justifier.

Il existe, loin des grands discours acclamés, loin des salons des technologies vertes, loin des magasins bio, un homme qui vécut il y a deux millénaires et  qui porte en lui le salut de l’humanité : Jésus. Rencontrer Jésus, l’image parfaite de Dieu, est la seule solution à la crise écologique. Face à lui nous pouvons nous dessaisir de notre soif de posséder, de notre cupidité, de notre égoïsme, de notre manque de compassion. En lui nous pouvons reconnaître nos limites, avouer notre faiblesse et notre impuissance. « Si nous confessons nos péchés, il est fidèle et juste pour nous les pardonner » (Première lettre de Jean, chapitre 1 verset 9). Nos fautes pardonnées, nous n’avons plus besoin de nous justifier en faisant un petit geste pour la planète. En devenant l’ami de Dieu, nous sommes libérés du déni ou des faux espoirs. Par son Esprit, nous pouvons agir comme Jésus, sans peur, sans haine, sans violence.

Comprenant que tous nos efforts ne peuvent pas empêcher un réchauffement climatique et ses conséquences, à quoi bon changer son mode de vie ? Pourquoi essayer de trouver un rapport symbiotique[7] avec la création, où les échanges sont gagnants-gagnants, si cette même création, comme nous l’avons vu avec les conclusions du GIEC, est vouée à n’être plus du tout accueillante ? Je pense que notre motivation ne doit pas être la peur de l’effondrement.

Libérés de nos manquements écologiques par une rencontre avec Jésus, notre action peut désormais être une expression de cette liberté, qui nous permet de vivre (enfin !) en harmonie avec la nature.

Libres de moins consommer, libres d’acheter d’occasion, libres de contempler la nature, ou encore libres de donner et de partager : de nouvelles perspectives d’actions écologiques s’ouvrent à nous en rencontrant Jésus.

« Telle est l’œuvre qui nous est demandée à nous. Que la victoire remportée dans la vérité par Christ soit insérée [dans la réalité], si peu que ce soit, de façon malhabile, fragmentaire, temporaire… » (Jacques Ellul, Sans feu ni lieu).


[1] https://ensia.com/features/covid-19-coronavirus-biodiversity-planetary-health-zoonoses/
[2] https://www.lemonde.fr/planete/video/2020/10/11/rechauffement-climatique-ce-que-le-trajet-d-un-bateau-dit-de-l-etat-de-l-arctique_6055614_3244.html
[3] https://www.lemonde.fr/m-perso/article/2019/06/21/les-francais-gagnes-par-l-angoisse-climatique_5479761_4497916.html
[4] https://fresqueduclimat.org/
[5] https://www.ipcc.ch/site/assets/uploads/sites/2/2019/09/IPCC-Special-Report-1.5-SPM_fr.pdf
[6] https://www.ipcc.ch/site/assets/uploads/sites/2/2019/09/IPCC-Special-Report-1.5-SPM_fr.pdf
[7] comme le propose Michel Serres dans, Le contrat naturel, éditions du Pommier, 2018.

Rédacteur

Édouard Vandeventer

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