« La saison des cadeaux ». Et si vous vous offriez le meilleur à vous-même ?

Nous sommes conditionnés dans notre société, comme à la saison de Noël en particulier, à nous préoccuper intensément des cadeaux à faire aux autres. Dans le tourbillon de la « saison des cadeaux », il existe tout de même un risque de vous oublier vous-même. Et si, pour une fois on s’arrêtait sur la valeur du fait de recevoir, et ce que nous dit Noël à propos de notre propre valeur ?


En français, il y a un dicton : « Charité bien ordonnée commence par soi-même ». Les francophones utilisent ce proverbe pour dire, en somme : je mérite bien d’avoir telle ou telle chose, il n’y en a pas que pour les autres !

Si vous demandez autour de vous, peu importe les convictions des personnes à qui vous parlez, on vous dira que Noël, c’est la saison des cadeaux. Si un explorateur extra-terrestre débarquait sur terre en cette saison dans la plupart du monde occidental, il mettrait dans son carnet de notes qu’à l’approche du mois de décembre, les humains deviennent frénétiques à propos des cadeaux à offrir, que leur système de livraison de biens et services surchauffe déjà à la mi-novembre et que les files et foules dans les magasins deviennent incroyablement peuplées. Les e-mails de promotions se multiplient, les papiers d’emballage cadeau sont vendus par kilomètres et les maux de tête pour savoir quoi offrir à tantine Unetelle, à mon amie que je ne connais pas si bien ou encore à tel collègue tiré au sort pour le Père Noël secret, font que les vendeurs de paracétamol chante eux aussi « vive le vent d’hiver » !

Bon, je vous l’avoue : autant j’apprécie les cadeaux et j’aime en offrir, autant la débandade dans les galeries marchandes et le rouleau compresseur de marketing me laissent perplexe à la saison de Noël. Non pas que je veuille platement critiquer « la société capitaliste ». C’est superbe d’inventer des objets et des services pour faire plaisir et être utile à l’autre. Souligner sa valeur. Satisfaire les passions d’un ami, encourager une collègue dans un domaine où elle excelle.

Cette vision positive s’enracine d’ailleurs dans une sagesse vieille de milliers d’années et qui nous a façonnés, et qui nous a amenés à concevoir que l’être humain a notamment pour vocation à travailler de façon créative avec excellence pour « bénir », c’est-à-dire faire profiter aux autres et à son environnement naturel de son action bénéfique. Il s’agit là de la notion d’« avodah », l’un des deux mots utilisés dans la sagesse biblique pour parler du travail. Si vous travaillez dans des entreprises ou des commerces dont beaucoup espèrent faire une grande part de leur chiffre d’affaires annuel à la période de Noël, souvenez-vous que c’est en partie, ou du moins en principe, ce bel et bon « avodah », donné et voulu par Dieu selon la Bible et donc faisant partie de la façon dont l’univers devrait fonctionner, que vous poursuivez en vous joignant à la mission de l’organisme pour lequel vous travaillez. ll en va de même pour vos amis ou vos membres de famille.

Mais je reviens à mon proverbe français : « Charité bien ordonnée commence par soi-même ». Je pourrais donc vous dire que dans le tourbillon de la « saison des cadeaux », il existe tout de même un risque de vous oublier vous-même. Vous avez peut-être entendu parler de la vague grandissante du « self-care » (être attentionné à l’égard de soi-même) et de tout ce qui nous pousse à nous aimer nous-même, nous admirer nous-même, être tolérant·e avec nous-même, nous écouter nous-même, nous faire du bien à nous-même. Que nous sommes la personne la plus importante dont il faut s’occuper avant d’impacter le monde autour de nous. Que le monde manque de quelque chose si nous n’y jouons pas notre rôle. À Noël, donc, c’est à nous-mêmes que nous devrions offrir le meilleur cadeau ! « Charité bien ordonnée commence par soi-même ».

Je ne vais pas vous mentir : ce mouvement d’auto-adulation me met lui aussi mal à l’aise. Il encourage une forme de nombrilisme et d’impression que tout nous est dû, qui peut facilement avoir de vrais effets toxiques sur notre psychè et surtout sur nos relations humaines et la construction de notre vie en société. Alors, faites attention à tous ces messages Instagram faciles et ces slogans plaqués sur des produits de consommation qui ont, en réalité, plus pour objectif de vous vendre quelque chose que de vous faire prendre soin de vous.

Cela dit, discernons ce qu’il y a de vrai au fond de cette idée, et d’important à propos de nous à Noël. Ce n’est pas ce qui est sur les étagères, ni dans notre fil TikTok, ni sous l’onglet « Promotions » dans nos e-mails. Mais cette idée qui a inspiré le cantique de Noël traditionnel français : « Il est né le divin enfant, jouez hautbois, résonnez musettes ; () depuis plus de quatre mille ans nous le promettaient les prophètes ! » Ce qui transparaît dans la mélodie douce et sautillante de ce chant écrite au 18e siècle et surtout dans ses paroles, c’est l’excitation du fait de recevoir et découvrir la beauté d’un cadeau grandiose. Car ce qui est invraisemblable, et ce qui inspire à la base la tradition des cadeaux à Noël, c’est qu’un cadeau sublime est offert à l’humanité au travers de l’Incarnation.

L’idée semble incongrue. Elle reste pourtant fascinante et puissante. Elle se fonde sur le fait qu’il existe un Dieu qui a tout créé, qui existe indépendamment des êtres humains et est donc doué de sa propre personnalité, et que malgré cette grandeur qui échappe à notre frêle condition humaine, ce Dieu porte sur nous autres, primates sophistiqués et pourtant pleins de fractures, une regard extrêmement valorisant. Tant et si bien que pour nous permettre de nous en sortir, il a rejoint la condition humaine blessée en s’offrant lui-même en cadeau.

Voilà la réalité à commémorer lors de cette « saison des cadeaux ». Il ne s’agit donc pas ici de céder au nombrilisme en nous convainquant, à force de volonté, de notre valeur, mais d’un exercice différent : observer, réaliser, recevoir et se laisser émouvoir. Et recommencer. Laisser, à force de remâcher cette prise de conscience, cette réalité influencer notre vision sur nous-même et le genre de personne que nous voulons être.

Comment ? En apprenant et en relisant l’histoire dans laquelle nous plonge la sagesse biblique. En y réfléchissant. Réalisons ce que cela signifie à propos de la valeur que cela nous accorde, à vous et moi : Dieu a pour nous bien plus d’estime que ce que même les adages à l’emporte-pièce et autres messages de motivation de nos réseaux sociaux et de nos prêcheurs peuvent en dire !

Alors, pour le prochain Noël, ou plus généralement pour nos temps de méditation, osons contempler l’Incarnation, ce message au coeur de la saison. Un Dieu qui aime, accueille, se donne lui-même, voit en nous un être qui eut être refait, transformé, et offre une puissance de vivre renouvelée. Prenons le temps de le faire ! Je le redis : prenons le temps de le faire ! Mettons de côté les artifices que nous cherchons inlassablement pour nous redire à nous-même notre valeur et plaçons ces ersatz dans une perspective juste. Mettons de côté notre travail, nos frénésies sur les réseaux sociaux et applications de messagerie. Le temps d’une pause. Mettons de côté le surmenage et notre asservissement aux attentes des autres. Le temps d’un sabbat. Offrons-nous à nous-mêmes le meilleur cadeau de Noël : accueillir pour nous la proclamation pour toujours vraie — « un enfant nous est né, un Fils nous est donné ». Le temps de l’adoration. Le temps d’une vie.

Rédacteur

Christel Lamère Ngnambi

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