Jusques à quand ? – L’Avent, apologie de l’attente (1/4)

Jusques à quand ? Flâner en rue. S’asseoir en terrasse. Respirer à l’air libre. Faire une soirée entre amis. Se faire la bise. S’enlacer. S’esclaffer. Marcher bras dessus, bras dessous. Poser ma joue sur l’épaule de ma grand-mère. Oublier l’heure.


 

Attendre. Attendre un enfant. Attendre une livraison. Attendre une confirmation. Attendre le bon moment. Attendre le feu vert. Attendre un versement. Attendre le bouquet final. Attendre l’autorisation. Attendre la fin du match. Attendre impatiemment que tout cela s’arrête. Attendre…

En 2020, l’attente nous paraît si aiguë, si stridente. Il y en a marre de ces règles, de ce stress, de cette chape de plomb. Assez. Quel est le sens de tout cela ?

L’attente est lourde, l’attente est pesante, lassante.

Le danger que nous courons tous à courir vers l’avenir, plus vite que la montre, dans cette soif du meilleur lendemain, c’est de cultiver en nous une incapacité à vivre les choses, vraiment. Nous participons à l’esprit humaniste, où l’homme est la mesure de toute chose. Le temps se réduit à ce que l’homme mesure. L’homme s’est fait mesure du temps. Esprit humaniste, mais desséché de notre époque et de l’Occident, qui nous coupe des sources les plus profondes de notre existence. Nous perdons notre rapport à la réalité. Voyez seulement notre volonté de maîtriser le temps par nos planifications et nos techniques.

Nous agissons comme si tout était de notre ressort, comme si nous pouvions tout faire par nous-mêmes, comme si nous étions invincibles, résistants au temps, éternels. Nous ne le sommes pas.

Ou encore, nous recherchons des révolutions qui nous feront oublier le passé et revenir à zéro. Mais nous sommes coincés dans ce temps inhérent à lui-même, qui maintient tout ensemble dans une glue d’interdépendance. Non seulement ce qui se passe présentement, mais aussi ce qui est advenu, et donc ce qui adviendra en conséquence plus tard.

Alors, on regarde vers le haut : l’Élysée, la télé, la Maison-Blanche, mon téléphone, la Toile, le Ciel. « Jusques à quand ? … »

Voici notre suggestion : regarder vers le haut, regarder le monde à l’entour. Regardons en nous également.

Et dans tout cela, une lumière.

L’écho du passé dit en chœur avec nous : « Ah ! Qui nous fera voir le bonheur ? » Et encore : « Quand je crie, réponds-moi, Dieu, ma justice ! Toi qui me libères dans la détresse, pitié pour moi, écoute ma prière ! » (Psaume 4)

Ces mots, ce sont ceux de la sagesse biblique qui se veut terriblement concrète.

Le regard que pose cette sagesse sur le temps, la spiritualité à laquelle elle invite, nous amènent à la fois à ressaisir le temps et ressaisir son sens. Cette sagesse nous replace nous-mêmes dans la Grande Histoire que Dieu tisse avec nous.

Cette saison de l’Avent est d’une épaisseur particulière.

L’Avent nous parle d’attente avec ce qu’elle a de glorieux et de pénible. Glorieux, parce qu’au-delà de nos mesures étriquées, toutes humaines, elle nous redonne une profondeur de champ, une perspective d’éternité, une ouverture sur l’infini.

C’est un nouveau sens pour notre regard.

L’Avent est une attente qui nous lie au passé et à l’avenir et qui trouve sa résolution dans la réponse de Dieu : une naissance, une mangeoire, un lange — et puis ce fût : une tunique déchirée, un linceul vénéré, pour devenir un vêtement trempé de sang, une tunique plus éclatante que le soleil et des diadèmes, étincelant de Sa lumière.

L’Avent, patient, espère.

Rédacteur

Christel Ngnambi

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