Crise de l’environnement : vers une repentance écologique ?

Dans son récent ouvrage La Terre inhabitable, David Wallace-Wells s’attaque de plein fouet au problème du climat, et c’est un coup de fouet qui fait mal. Sa thèse centrale est simple : « La situation est pire, bien pire que vous ne l’imaginez. » 


Le problème

Alors que l’accord de Paris, en 2015, s’engageait à contenir le réchauffement de la planète d’ici 2100 en dessous de deux degrés et si possible à seulement un degré et demi par rapport à l’année 1990, l’auteur avertit que nous sommes partis pour atteindre deux fois plus. Or, vivre avec 4 °C de plus ne signifie pas seulement voir fondre les glaciers et se multiplier les canicules : le pic pétrolier, les faillites économiques, la faim dans le monde, les conflits internationaux et les vagues de réfugiés vont aller croissant.

Quelque part, on le sait tous plus ou moins. Il y a un problème avec le climat et notre gestion des ressources planétaires. Mais notre problème avec ce problème, c’est qu’on en a une perception faussée : les sommets mondiaux parlent de la crise environnementale en termes de plafonds, mais les conséquences sont bien plus concrètes et vont bien au-delà de ces plafonds.

Ce sont des feux de forêt, des inondations et des catastrophes naturelles à répétition et avec de plus en plus de violence. Ce sont des millions de personnes qui vont continuer de perdre leur logement, leur emploi et leurs vies. Ce sont des conditions de vie qui, dans les décennies à venir, vont devenir invivables.


Penser l’impensable

À l’heure d’une humanité aux prises avec une pandémie mondiale, on apprend à penser l’impensable. Si, depuis plusieurs mois, notre quotidien a des airs de film catastrophe, on réalise malgré nous que la réalité dépasse bien souvent la fiction. Et la situation est pire, bien pire que les meilleurs scénaristes ne l’avaient imaginée.

Et pour cause. On peine à comprendre la crise parce qu’il s’agit en réalité de nombreuses crises qui se chevauchent et s’aggravent l’une l’autre, et ce dans une logique de cause à effet qui nous dépasse. Wallace-Wells parle à ce sujet de « méta-événement ». La question environnementale est un événement global et englobant, dans lequel tellement de systèmes sont en crise qu’il est tout bonnement impossible de tout conceptualiser.

Comme un parfum de fin du monde ? Justement, on dirait bien que le discours scientifique revêt un langage apocalyptique, qui se rapproche de paroles bibliques :

« Vous allez entendre le bruit de guerres proches et des nouvelles sur des guerres lointaines ; ne vous laissez pas effrayer : il faut que cela arrive, mais ce ne sera pas encore la fin de ce monde. Un peuple combattra contre un autre peuple, et un royaume attaquera un autre royaume ; il y aura des famines et des tremblements de terre dans différentes régions. Tous ces événements seront comme les premières douleurs de l’accouchement. Aussitôt après la détresse de ces jours-là, le soleil s’obscurcira, la lune ne donnera plus sa clarté, les étoiles tomberont du ciel et les puissances des cieux seront ébranlées. »

Franchir la limite

La Bible évoque non seulement l’apocalypse, elle présente aussi un grand récit, global et englobant, dans lequel l’individu est amené à se positionner par rapport au Créateur et à la Création, par rapport à un Dieu qui lui donne la responsabilité de prendre soin de la planète.

La vision du monde chrétienne permettrait-elle de mettre des mots sur la réalité de la crise climatique ?

La Bible, entre ces deux Testaments et ses soixante-six livres, est en effet un grand récit. Il mêle poésie, histoire, philosophie et prophétie, dans un savant mélange qui nous parle du sens de la vie humaine. Dès le départ, le monde est présenté comme le fruit d’une intention. Nous ne sommes pas là par hasard. Ni l’humain, ni la planète, ni tout ce qui s’y trouve. Mais qu’est-ce que ça nous apprend sur l’écologie ?

Dans la Bible, on voit que Dieu pose l’humanité en gestionnaires de la terre. Jardiniers, cultivateurs, artistes, éducateurs, médecins, politiciens : les êtres humains sont appelés à s’occuper de la bonne croissance de l’ensemble de ce qui est.

Dieu crée les espaces puis les remplit. Dans ces espaces, les femmes et les hommes sont libres, mais responsables. Libres d’user leur liberté pour être des intendants responsables du monde vivant. Dieu crée les espaces puis les remplit, et ainsi fixe les limites.

Ces limites, les humains vont être bien rapides à les franchir. Les limites du bon sens, les limites d’une bonne gestion qui tourne à la surexploitation, les limites des degrés à ne pas dépasser pour être sérieusement en danger…

Et voilà que la crise environnementale nous offre une illustration frappante de ce concept impopulaire que l’on nomme parfois (attention gros mot) péché.


La politique de l’avocat

Dans la Bible comme dans le réchauffement climatique, le problème est là : on connaît la limite à ne pas franchir, mais on y va quand même. On sait ce qu’il faudrait faire, mais on n’y arrive pas. Et ce problème, la Bible le nomme péché. En hébreu comme en grec, les langues du texte antique, cela signifie « rater la cible ».

Comme le fait d’acheter un avocat en plein mois de novembre, le péché c’est quelque chose qui n’est pas nécessairement mauvais en soi, mais qui, pris hors de son contexte, de sa saison, de la raison, a des conséquences négatives. On franchit la limite, on dépasse, même rien qu’un peu, parce que ce petit détour semblait si séduisant…

« Car je ne fais pas le bien que je veux, et je fais le mal que je ne veux pas. »

La Bible, cependant, n’en reste pas là. Si elle ose mettre des mots sur nos crises (environnementales, sanitaires, mais aussi personnelles et existentielles), elle cherche aussi à y apporter un dénouement retentissant.

Une solution mieux, bien mieux que vous ne l’imaginez… Oserez-vous vous y plonger ?

Léa Köves, pour Sagesse et Mojito


Pour poursuivre la réflexion avec les ressources mentionnées dans l’épisode (et d’autres…) :

  • David Wallace-Wells, La Terre inhabitable. Vivre avec 4 °C de plus (trad. Cécile Leclère), Paris, Robert Laffont, 2019
  • Jared Diamond, Bouleversement. Les nations face aux crises et au changement (trad. Helène Borraz), Paris, Gallimard, 2020
  • Pabo Servigne, Raphaël Stevens, Comment tout peut s’effondrer : Petit manuel de collapsologie à l’usage des générations, Paris, Seuil, 2015.
  • Julien Vidal, Ça commence par moi : soyons le changement que nous voulons voir dans le monde, Paris, Seuil, 2018.
  • Rob Hopkins, Et si… on libérait notre imagination pour créer le futur que nous voulons ? Paris, Actes Sud, 2020.
  • Lydia Jaeger, Ce que les cieux racontent. La science à la lumière de la création, Charols, Exclesis, 2008.

Rédacteur

Sagesse et Mojito

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